Par Aster Zaoude
Senior Gender Adviser at United Nations Development Programme (UNDP) New York
De profonds changements sont inter-venus dans la condition des femmes au cours des deux dernières décen-nies. Les disparités entre les hommes et les femmes en matière déducation et de santé sestompent progressive-ment et les femmes investissent en grand no<Nonez>mbre le marché du travail, éliminant les obstacles qui les confi-naient au foyer dans des fonctions de repro-duction et dans le travail indépendant. Mais les progrès sont lents et inégaux. Aucun pays au monde ne peut se targuer davoir atteint une égalité totale entre les hommes et les femmes.
Les deux tiers des 876 millions danalphabètes dans le monde sont des femmes. Environ 60 % du milliard de personnes les plus pauvres de la planète sont des femmes et des fillettes. Les femmes représentent une proportion grandis-sante des personnes atteintes par le VIH et le sida, et dans les pays où la prévalence du VIH est élevée, le risque pour les jeunes femmes et les fillettes qui ont peu ou pas dinstruction de contracter le virus est beaucoup plus élevé que pour les hommes. Plus dun quart des femmes ont été exposées à une forme quelconque de violence physique et 80 % des victimes des conflits armés sont des femmes et des enfants.
Dans un tout autre domaine, force est de constater quil existe un phénomène de partia-lité qui favorise une croissance soumise aux forces du marché; les biens et services com-mercialisables supplantent donc le capital social et le travail non rémunéré, qui est surtout lapanage des femmes. Ce parti pris exclut les contributions économiques et sociales des femmes du cadre macro-économique. Cest assumer que les femmes vont continuer à gérer ce quon pourrait appeler une ´ économie des soins ª, avec ou sans soutien. Invisibles, et reléguées au second plan, les femmes conti-nuent à porter un fardeau de misère bien trop lourd pour elles.
Il y a deux moyens datteindre un dévelop-pement respectueux de légalité entre les hommes et les femmes : lun assume quil suffit dajuster les politiques et institutions de développement en place en privilégiant les préoccupations des femmes, notamment en intégrant davantage les femmes dans la main-doeuvre et en amélio-rant leur représentation dans les organes élus. Lautre approche soulève des questions fonda-mentales déquité. Elle reconnaît que les inéga-lités entre les sexes sont profondément ancrées dans des principes et processus institutionnels et quil faut les remanier en profondeur.
La communauté internationale sest ferme-ment engagée à promouvoir légalité entre les hommes et les femmes et lémancipation des femmes lors des conférences organisées par les Nations Unies au cours de la dernière décen-nie. Le programme daction de Beijing, adopté en 1995, englobe des thèmes aussi divers que la pauvreté, les conflits et le redressement économique, les droits de lhomme, limpact des politiques macro-économiques et de la mondialisation, le sida, ainsi que laccès aux technologies de linformation et de la commu-nication, autant de priorités qui correspondent étroitement aux domaines dactivité du Pro-gramme des Nations Unies pour le développe-ment (PNUD).
Le PNUD sefforce de traduire ces engage-ments en politiques concrètes susceptibles de donner les résultats escomptés. Les services de lorganisation ont pour but de promouvoir la capacité, qui nest plus à démontrer, des femmes de faire face à la misère, de faire preuve desprit dinitiative, de protéger des écosystèmes fra-giles, de produire et conserver un capital hu-main et de surmonter les crises et ladversité. Le personnel du PNUD doit sassurer que les considérations liées aux sexospécificités sont totalement intégrées dans les domaines dacti-vité du PNUD sur le terrain. Il sagit dun objectif essentiel qui ne se limite pas à engager ou intégrer davantage de femmes dans des activités de développement. Il sagit au con-traire de transformer les lois, politiques, insti-tutions, structures et formes de comportement qui soustendent les inégalités entre les sexes. Légalité entre les hommes et les femmes est un principe de base que le PNUD applique dans la gestion de ses propres ressources humaines.
Le tout nouveau Fonds daffectation spé-ciale thématique pour légalité des sexes est un mécanisme qui favorise les interventions stra-tégiques, en privilégiant le dialogue politique, la sensibilisation, létablissement de réseaux, le renforcement des capacités et la création de partenariats. Le PNUD est bien placé pour intégrer des politiques et programmes respectueux des sexospécificités dans ses six domaines dintervention. Il tire parti de lex-périence et des connaissances de son réseau de bureaux extérieurs qui, partout dans le monde, lui permet de marier le savoir à la pratique. Ce Fonds daffectation spéciale privilégie quatre lignes de service :
- Stratégies de lutte contre la pauvreté, notamment celles qui ont trait aux questions macro-économiques et à la mondialisation; Statistiques et indicateurs permettant de suivre les progrès accomplis vers la réalisation des objectifs nationaux, notamment en procé-dant à des ´ analyses sexospécifiques ª des budgets;
- Réformes juridiques et renforcement des capacités des institutions dexaminer les questions liées aux droits fondamentaux des femmes, notamment les droits à la terre et à la propriété, à la protection juridique et à la sensibilisation;
- Évaluation de la vulnérabilité des femmes, mesure de la féminisation croissante de la pauvreté, impact de la crise du sida, moyens de libérer la créativité des femmes, notamment participation des femmes aux initiatives de consolidation de la paix et de redressement au lendemain dun conflit.
Le PNUD encourage la création de groupes thématiques sur légalité entre les hommes et les femmes dans tous les pays où il intervient. Grâce à son alliance stratégique avec le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme, il sappuie sur des approches novatrices et renforce ses capacités dintégration des questions dégalité entre les sexes. Le PNUD est dans une position unique pour négocier des actions qui créent une synergie favorable à légalité entre les hommes et les femmes et qui tissent des alliances entre les diverses institu-tions, ainsi quentre les gouvernements, les organisations de la société civile et la commu-nauté des donateurs.
En fin de compte, cest à létalon de léga-lité entre les hommes et les femmes que lon peut mesurer la santé de la gouvernance, car ignorer la dimension féminine du développe-ment revient à le compromettre.

