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La résistance mondiale des femmes au néolibéralisme
Juin 2002

Por Joëlle Palmieri
co-fondatrice des Pénélopes et de l'Association pour la promotion de l'économie sociale et solidaire (Apress), Paris

Joëlle Palmieri

La mondialisation néolibérale s'appuie sur le patriarcat et donc sur la banalisation de l'oppression des femmes. Confrontées à une paupérisation galopante et à des formes d'exclusion de plus en plus sophistiquées, nombre de femmes sont conscientes que la diversité de leurs revendications et de leurs pratiques du pluralisme économique établissent un contre-courant à la théorie économique dominante, néolibérale et patriarcale, et représentent de sérieuses formes de résistance. Par exemple, les organisations de femmes de Papouasie sont au premier plan de la lutte contre la "réforme agraire" et la "réforme de l'éducation" imposées par la Banque mondiale et le FMI. De même au Kenya, ce sont les femmes qui, depuis 1980, sont au premier plan de la lutte contre les entreprises mondialisées. Lorsque le prix du café a chuté, elles ont abandonné les plants, ont semé des légumes qu'elles ont vendus au marché ou utilisé pour leurs familles. Les Freedom Corner Mothers ont manifesté contre l'arrestation de leurs enfants qui s'étaient opposés au programme néolibéral des compagnies depuis 1990. Leur opposition a déclenché la vague d'appropriation des terres, au Kenya et dans le reste de l'Afrique, par les paysan-nes sans terre.

Dans un autre registre, les tribunaux pénaux internationaux pour le Rwanda et pour l'ex-Yougoslavie ont été principalement imposés par des femmes refusant les génocides, les viols, l'épuration ethnique… Aux Philippines, des femmes ont fait fermer des bases militaires américaines, ce qui a libéré pour leur pays des sommes d'argent monumentales. Cette lutte pour la paix représente tout un arsenal d'actions liées à l'éducation, à la santé… vers une véritable justice sociale. En Argentine, durant la dictature militaire, les Mères de la Place de mai ont joué un rôle de premier ordre, elles qui, les premières, ont dénoncé les atrocités et réclamé leurs enfants emprisonnés ou "disparus". Aujourd'hui, dans chaque quartier, ce sont des femmes qui convoquent des assemblées populaires, une nouvelle forme de démocratie, directe. Elles sont aux avant-postes de la formulation d'alternatives, telles que le système de troc.

L'économie solidaire ou populaire

L'économie solidaire ou populaire n'est pas un simple secteur réservé aux pauvres, un tiers-secteur qui s'adapterait au système néolibéral. Selon Heloisa Primavera, économiste argentine, "l'économie solidaire n'est pas un système pour souffrir un peu moins, mais pour changer le système". Elle ajoute que les femmes composent 70% des clubs de troc partout dans le monde et qu'elles ont quasiment l'exclusivité de leur coordination. Selon Cécile Sabourin, économiste québécoise, la vision patriarcale des systèmes sociaux, politiques et économiques rend invisible la contribution des femmes à l'économie. Il faudrait plutôt valoriser l'expression de leur créativité dans tout son potentiel de transformation sociale.

"L'économie solidaire a des retombées économiques et sociales et permet d'équilibrer la famille", confirme Aminata Diongue Ndiaye, coordonnatrice régionale des actions féminines de Dakar. Ainsi, les prêts octroyés aux femmes servent à beaucoup plus qu'à l'activité économique en tant que telle. Ils permettent l'accès aux soins, à l'éducation, voire au mariage… Tout en occupant majoritairement le secteur informel, les Africaines inventent ou expérimentent des initiatives d'économie solidaire. Leurs activités recherchent surtout une valeur sociale ajoutée, en développant conjointement des services connexes tels que la reconstruction d'écoles, la réhabilitation d'hôpitaux ou de maternités, voire la réparation de routes. C’est une "économie de vie".

Mesurer aussi la casse

Une priorité : reconsidérer les richesses. Si tout a un coût, il n'est pas forcément monétaire. Est-il légitime qu'une école ou une maternité soient rentables financièrement? La production de richesses peut se mesurer autrement : plaisir, liens sociaux, santé, éducation, préservation du vivant… et les coûts également. Les milliers de mort-es sur les routes ou les cardiaques et cancéreux du Nord rapportent plus aux multinationales pharmaceutiques que la vente de journaux. Par contre, ils coûtent en humanité, en qualité de vie, en protection de l'environnement, en préservation de la nature. Il s'agirait donc de mesurer également, grâce à de nouveaux indicateurs de destruction, la casse produite par l'industrie, l'agriculture productiviste, les guerres, les violences, l'exclusion, le chômage, la pensée unique dont les grands monopoles de communication sont les vecteurs.

Rompre avec les évidences et reconsidérer les richesses conduit à inverser les logiques. Quand une ONG reçoit une subvention publique, ce n'est pas elle la débitrice. Elle produit des richesses sociales, relationnelles, environnementales… Elle devient l'opérateur d'un État désengagé qui, d'une certaine manière, sous-traite la production de services d'intérêt général. Si une ONG se plie à la discipline du marché et intègre ses critères de rentabilité, elle constitue alors l'une des pièces du gigantesque puzzle mis en place par le système néolibéral. Il faut apprendre à reconnaître nos propres compétences et savoir-faire qui ne se mesureront jamais comme la rentabilité d'un capital investi. Il est urgent de bâtir et de valoriser des modèles économiques différents qui s'appuient sur une autre qualification des richesses, identifient les facteurs de casse et militent pour une économie à forte valeur sociale ajoutée. Des modèles majoritairement portés par des femmes, partout dans le monde.

Ce texte est librement extrait d’une analyse de Joëlle Palmieri dont la version intégrale est en ligne à :
http://www.penelopes.org/xarticle.php3?id_article=638

Il fait partie du dossier Féministes pour une autre mondialisation que les Pénélopes mettaient en ligne en juin 2002 : http://www.penelopes.org/xdossier.php3?id_rubrique=8

Liens reliés :

Si les femmes comptaient, Philippe Merlant, Transversales Science Culture, 2 février 2002
http://www.cybersolidaires.org/eve/pa0202.html#r

Une alternative féministe pour un autre monde, Dominique Foufelle, Les Pénélopes, 2 février 2002
http://www.cybersolidaires.org/eve/pa0202.html

Comment remplir les casseroles?, Ana Maria Seghezzo et Rubén D'Urbano, 27 mai 2002
http://www.cybersolidaires.org/actus/argentine.html

Dossier Femmes et économie solidaire, Les Pénélopes, avril 2002
http://www.penelopes.org/xdossier.php3?id_rubrique=8

Globalisation de la solidarité : L’économie solidaire Nord-Sud, Cybersolidaires, octobre 2001
http://www.cybersolidaires.org/eve/sol.html

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