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Les femmes s'organisent dans l'environnement socioculturel et politique de la Malaisie
Octobre 2003

Par Cecilia Ng, Directrice de Women's Development Collective (WDC)

Cecilia Ng

Il est indispensable de prendre en compte le contexte politique de chaque pays lorsque l'on veut examiner le type et l'ampleur de l'espace dont dispose la société civile, y compris les groupes de femmes, pour s'organiser. L'espace démocratique est très restreint dans mon pays, la Malaisie. Nous avons en place un gouvernement autoritaire qui dispose d'une gamme de lois qui en faite limite et même élimine les droits humains et démocratiques du peuple telle que la liberté d'expression et la liberté de réunion. Il existe également un espace limité parce que le régime politique a plutôt l'allure d'une démocratie parlementaire qui comprend une élection générale tous les cinq ans pour ceux qui veulent obtenir un mandat pour gouverner. Comme le disent souvent les leaders politiques, compte tenu du caractère instable du pays, nous avons besoin d'une " démocratie guidée ".

Ceux qui se montrent critiques envers l'État sont obligatoirement mis en détention car ils sont considérés comme des menaces à la sécurité de la nation. Nous avons la fameuse loi sur la sécurité intérieure qui permet de mettre les gens en détention pendant une période indéterminée sans procès en audience publique. La société civile et les groupes de femmes doivent œuvrer dans ce contexte.

En ce qui concerne les groupes de femmes, les contraintes à la liberté d'expression et à la liberté de réunion varient selon les enjeux sur lesquels elles travaillent. Celles qui travaillent sur des enjeux soit disant 'sans risques politiques' tel que la violence contre les femmes (VCF), y compris tous counselling et services offerts aux femmes, il semble y avoir plus d'espace pour s'organiser, pour s'exprimer et pour circuler. Bien que lorsque nous avions lancé la campagne de VCF il y a vingt ans, il n'existait absolument pas d'enjeux sans risques. Cependant, l'État s'est aujourd'hui approprié cet enjeux. Toutefois, lorsque les femmes deviennent plus actives sur le plan politique, lorsqu'elles revendiquent les droits humains par exemple, contestent la violence infligée par la police ou se montrent critiques du type de développement dans le pays, la police secrète connue sous le nom de " branche spéciale ", intervient alors. Ils mettent les gens sous surveillance, et de par leur présence, tentent d'intimider. C'est dans le cadre d'une telle atmosphère que nous sommes continuellement confrontées au dilemme suivant : accepter tout simplement cette situation insoutenable ou se battre dans le quelconque espace existant.

Si nous désirons imprimer quelque chose, il nous faut obtenir un permis. Si les travailleurs veulent organiser une grève, ils doivent endurer tout un processus bureaucratique. Les troupes théâtrales qui désirent présenter une pièce de théâtre doivent soumettre leur script pour approbation avant qu'elles ne soient autorisées à présenter leur spectacle. Si nous avons à organiser un rassemblement ou une manifestation, nous devons demander à obtenir un permis de la police. Le processus d'obtention d'un permis à la police consiste à subir des interviews, et être souvent victimes d'harcèlement infligé par les autorités de l'État, plus particulièrement par la police.

Même organiser un rassemblement politique sur des soit disant enjeux sans risque reliés au genre, est contesté. Nous en avons fait l'expérience récemment lorsqu'un groupe de femmes a décidé d'organiser une manifestation contre le viol et meurtre d'une jeune femme. Après des démarches fastidieuses auprès de la police pour obtenir une autorisation afin d'organiser le rassemblement, la demande a été rejetée la veille de l'évènement pour des raisons de 'sécurité'. La police a menacée d'arrêter toutes personnes qui oseraient se prendre sur les lieux de la manifestation et a sans cesse continuée d'harceler les organisatrices. Celles d'entre nous qui ce sont rendues sur les lieux indiqués avec nos brochures et banderoles pour informer les gens de l'ajournement de la manifestation, ont été également harceler par la police. Ce ne fut que sous pression du public et suite à une grande visibilité médiatique que le permis a été finalement délivré uniquement sous condition que la manifestation soit tenue à l'intérieur d'une enceinte.

Une autre contrainte en Malaisie à la création d'un mouvement de solidarité des peuples est le fait que nous sommes une société multiethnique. Les Malaisiens comprennent des Malais, des Chinois, des Indiens et des peuples autochtones. Les politiques identitaires basées sur l'ethnicité, les politiques étatiques et la rhétorique sont attisées par les parties politiques et forment un obstacle important qui nous divise. Nous avons ainsi tendance à nous soupçonner les uns les autres. Il ne sera possible d'accéder à un espace démocratique plus important qui puisse répondre aux besoins des femmes en Malaisie de s'organiser, que si les gens ordinaires c'est-à-dire, les étudiant-es, les travailleur-e-s, les pauvres des milieux urbains, les paysans, les peuples autochtones et beaucoup d'autres groupes, transcendent toute identité ethnique, sexuelle et autres, et s'unissent.

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