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Globalisation et Féminisme
Février 2003

Par Alda Facio

Je considère la globalisation comme un phénomène qui tend à substituer l'économie basée sur la production des biens, à celle basée sur la spéculation. Et, bien que nous les féministes des années soixante critiquions le fait qu'on surestime la production des biens par rapport au fait de soigner et nourrir des êtres humains, la globalisation n'a pas généré un changement dans les attitudes en ce qui concerne la reproduction. Au contraire, ce qu'elle a réussit à faire est la surévaluation des biens virtuels, non matériels ou intangibles comme le sont l'argent, le marché des valeurs et la circulation des capitaux, par conséquent la reproduction est demeurée encore plus dévalorisée. Et, un thème central du féminisme a été et continue à être la reproduction humaine.

A présent, non seulement nous vivons dans des sociétés qui méprisent le fait de soigner et de nourrir, mais aussi méprisent la production de la nourriture, des vêtements, des maisons etc. Et, comme disent les économistes, la richesse ne vient pas de rien, si on ne produit pas, la richesse peut seulement venir du fait de la quitter à quelqu'un. Beaucoup de richesse, comme celle de Bill Gates et d'autres directeurs de multinationales, impliquent enlever un peu de richesse à plusieurs personnes. Et, quand un peu de richesse signifie tout ce que plusieurs personnes ont, la grande richesse des minorités signifie la pauvreté de plusieurs, en particulier de la majorité. Et, l'autre thème central du féminisme a été et continue à être l'appauvrissement majeur des femmes.

La globalisation, en surévaluant l'intangible, a permis que la majorité des gens se conforme aux discours dépourvus d'action. L'incorporation du discours sexospécifique dans les institutions de l'oligarchie internationale telles que la BM, la BID et le FMI a permis qu'on puisse continuer leurs programmes d'ajustement structurel sans l'opposition du mouvement féministe parce qu'ils sont entrain de le mettre en pratique en tenant compte de la “perspective sexospécifique”. Cinq ans après Beijing, nous les femmes du monde sommes plus pauvres, plus victimes de la violence et plus marginalisées des espaces de pouvoir réel et cependant, nous disons que nous avons avancé parce que nous sommes maintenant présentes dans les discours des puissants et la perspective sexospécifique, dans toutes ou presque toutes ses politiques et tous ses projets. Une stratégie centrale du féminisme a été et continue à être, le fait d'incoporer la perspective sexospécifique dans toutes les actions humaines, non comme discours, sinon comme moyen d'éliminer l'inégalité de pouvoir entre les sexes.

La globalisation denie le futur parce que l'économie spéculative exige que les entreprises ou politiques qui veulent se maintenir a flot obtiennent des bénéfices immédiats, peu importe les conséquences pour la nature, les animaux, les travailleurs et travailleuses ou la planète. L'autre thème central du féminisme a été et continue à être l'utopie et le manque de futur, il n'ya pas d'utopie possible d'être rêvé. Et sans utopie partagée, Il ne peut y avoir de mouvement. Le mouvement féministe peut se reconnaître divers, et en son sein les femmes peuvent avoir des conditions très différentes mais, un mouvement ne peut subsister sans un objectif commun et face à cet objectif commun, il faut avoir une position commune. Lutter contre la globalisation peut être notre position commune, rêver d'un monde d'égalités peut être notre utopie. La globalisation détruit l'espérance car, en excluant des millions de personnes de la possibilité de sortir de la pauvreté, elle permet seulement le recours à la violence comme moyen de subsistance. Les gens ne peuvent déjà plus espérer que la situation s'améliore et leur unique moyen de s'en sortir est de voler, trafiquer, tuer. Et comme ils n'ont pas accès aux riches, ils volent, trafiquent et tuent leurs soeurs/frères, compagnes/compagnons et voisines/voisins. L'autre thème encore du féminisme a été le droit de vivre sans violence, et, sans espérance, il ne peut y avoir de paix parce que son absence est déjà une forme de violence.

Faire nôtre la démocratie, les libertés fondamentales et les droits humains en général, a été une stratégie du mouvement féministe, en particulier au cours de la dernière décennie. Cependant, la globalisation a fait dégénérer ces valeurs que le même capitalisme avait comme valeurs fondamentales à tel point qu'il semble absurde que nous nous l'approprions. Pourquoi voulons-nous un système qui se réduit à nous permettre de temps en temps de choisir entre deux ou plus mauvais projets et pires politiques? Pourquoi nous conformons-nous à la formulation de propositions à l'intérieur d'un système, comme celles des quotas de participation politique ou de la pénalisation de la violence domestique, au lieu d'imaginer et de lutter également pour une réelle démocratie? Comment défendre la liberté d'expression si celle-ci s'est convertie en liberté d'entreprises et d'entreprises énormes qui tergiversent la vérité à leur guise.

Je ne suis pas entrain de dire que nous ne devons pas lutter pour la démocratie, les droits humains et la liberté d'expression. Mais nous devons le faire à partir d'une position commune de critique de la manière dont elle s'entend depuis la globalisation. Nous avons besoin de plus de femmes au pouvoir mais aussi nous avons besoin que ces femmes ne soient pas des femmes quelconques, sinon des femmes disposées à lutter contre la globalisation. Nous devons finir avec la violence sexospécifique, mais nous devons le faire avec des propositions qui ne finissent pas par bénéficier aux puissants.

La globalisation a permis que le pays qui a le plus grand marché d'intangibles et un système militaire pour le supporter, soit considéré comme leader dans les questions qui n'ont rien à voir avec son pouvoir économico-militaire. Aussi les systèmes politique, juridique et éducatif de ce pays sont considérés comme modèles à imiter malgré le fait que dans ce pays l'actuel président n'a pas été élu par la majorité des électeurs; les prisons sont pleines des minorités ethniques; Les femmes n'ont pas des certificats pré et post nataux et; le majeur accès à l'éducation supérieure ne génére pas plus de femmes solidaires avec les majorités exclues des prétendus bénéfices que produirait l'actuel système, sinon plus de femmes qui jouissent des privilèges qu'octroie cette globalisation. Dans un monde qui, de plus en plus, ne critique pas ce qui émane de ce centre d'orgueil, d'arrogance et de despotisme qui s'est érigé en gendarme du monde, on questionne très peu sa technologie, sa science, sa médecine et ses plans de Colombie, qui seulement en apparence nous ont donné plus de loisir, de liberté, de santé et de paix.

Je pourrais continuer de parler toute la nuit des maux que nous ont apporté la globalisation, mais je crois qu'avec ces quelques exemples nous pouvons nous rendre compte de l'importance du thème pour la théorie et la pratique du féminisme et de la raison pour laquelle je pense alors que c'est une excellente idée de la part des organisatrices d'avoir choisi le thème de la globalisation et du féminisme pour la prochaine rencontre.

Et le mieux, selon mon opinion, est que nous devons voir le bon côté de la globalisation. Il y'a peu de temps, j'ai lu un article de Miguel Riera dans la revue espagnole “ El Viejo Topo” dans lequel l'auteur parle de la différence entre celle-ci et la mondialisation qui est un phénomène beaucoup plus ancien. Je propose alors que nous parlions de la globalisation quand nous parlons de l'actuel modèle de domination capitaliste à l'échelle internationale, c'est-à-dire, de l'actuelle hégémonie des États Unis. Et que nous parlions de la planétarisation quand nous parlons de l'interchange de connaissances, valeurs, biens, pratiques et idées. Que nous parlions de la planétarisation quand nous parlons de porter les idées et pratiques féministes à toutes les femmes et hommes de toutes les cultures, ethnies, âges, couleurs, appartenances sexuelles et talents. Que nous parlions de la planétarisation de la culture féministe qui implique des interprétations de la réalité distinctes de la globalisée, de la reélaboration des valeurs, des reformulations linguistiques et symboliques, de la science, de l'art, du ciné, de la musique et de la littérature féministe. Après tout, la planétarisation de la culture féministe est aussi réelle que la globalisation et elle n'est pas subordinée à elle. Je propose aussi que nous parlions de la planétarisation quand nous parlons d'un mouvement qui s'unit au mouvement international contre le capitalisme démesuré.

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