MJL: Les causes de la crise sont dordre politico- économique. Il ya des facteurs et des responsabilités politiques dordre national mais aussi international. Il existe un modèle de fonctionnement politique partial, patriarcal, hiérarchique, autoritaire, misogyne, clientéliste et corrompu qui est entrain darriver à sa fin. Après la dictature, il est arrivé au pouvoir et sest maintenu avec le soutien populaire pendant presque vingt ans, parfois avec des intentions meilleures et parfois pires, mais toujours avec de mauvais résultats pour la majorité de la population. Cette circonstance déchec de la représentativité de la politique met en danger la démocratie elle-même. Cependant, lapplication dun modèle économique qui a généré la concentration la plus grave de la richesse dans lhistoire de lArgentine est plus ou tout aussi grave que le fonctionnement anti-démocratique et corrompu de la politique. Un modèle qui fait quaujourdhui 59% denfants vivent au-dessous du seuil de la pauvreté et quil yait 18 millions de pauvres parmi moins de 40 millions dhabitants. Les 10 années de Menem furent cruciales pour cette transformation soutenue par les centres de pouvoir mondiaux et aujourdhui nous payons les conséquences de cette bulle fictive de la première mondialisation cosmétique.
WHRnet: Quels élements apporte le mouvement argentin des femmes dans la création dune contre-culture pour sortir de la crise et quel rôle crois-tu quil devrait jouer?
MJL: Comme toujours, le mouvement des femmes dans toute sa diversité apporte lénergie, la créativité et la main-doeuvre gratuite pour aider à résoudre les thèmes les plus urgents: la famine, la pauvreté, léducation, la santé. Il ya aussi beaucoup dénergie feminine dans les domaines et instances de participation des citoyens, de rébellion sociale et de protagonisme populaire. Il existe dans la scène politique des leaderships feminins susceptibles dentraîner de possibles changements, malheureusement pas tellement compromis par les questions de genre ni si profondément transfomateurs des méthodologies de fonctionnement patriarcal. Je souhaiterais un protagonisme politique plus fort du mouvement féministe qui a remis en question ces logiques de pouvoir politique et économique depuis tant dannées. Jusqua présent, depuis les événements de décembre, il a été au côté de toutes les revendications sociales ou a favorisé des questions ponctuelles. Notre rencontre feministe nationale se tiendra à la mi-juin et jespère beaucoup de notre action créative, coordinée et conjointe.
WHRnet: Quelles sont les leçons que les pays latino-américains doivent tirer de lArgentine pour éviter une situation comme celle qui se vit actuellement?
MJL: Nous sommes ici face à une sérieuse émergence mais cette situation est dejà partagée par différents pays dAmérique Latine. Ce qui se passe en Argentine a quelque chose à voir avec ce qui se passe au Brésil, où, face au triomphe imminent de Lula, les marches évoluent avec peu de confiance, ou ce que sest passé avec le coup contre Chavez au Venezuela, qui na pas été suffisament et rapidement condamné par les autres pays de la région. Nous assistons à une des étapes les plus dures et acharnées de la politique internationale des Etats-Unis sans quil existe des freins et des contre-poids a ses violations des droits humains. Il en était dejà ainsi dans sa politique internationale de guerre et de paix en terres lointaines, dans sa politique dintervention militaire sous lexcuse du trafic de drogues dans certains pays de notre région. Ce fut à présent le tour des argentins, tellement au Sud et si loin du reste du monde.
WHRnet: Existe-il des propositions concrètes (de la société civile ou dailleurs) de modèles alternatifs au néo-liberalistes pour lArgentine?
MJL: Oui. Nous croyons que le Front National contre la pauvreté sans préjudice dautres alternatives, structure ces propositions sur la base dune perspective à long terme et avec une méthodologie assez démocratique. Lobjectif de base dans lémergence est de combattre la pauvreté à partir dun choc redistributif qui garantie un revenu social minimum à lenfance et à la vieillesse et une assurance pour lemploi et la formation. A partir de là et face au rejet de ces propositions par le Gouvernement de manière intégrale, on avance vers la formation dune organisation politique fondée sur les organisations sociales, syndicales, des droits humains et de citoyens indépendants qui disputent le pouvoir politique dans le cas dune éventuelle anticipation des élections, essayant darticuler des mécanismes démocratiques de résolutions de différences avec les forces politiques qui partagent notre vision: combat contre la pauvreté, la récupération de lautonomie/souveraineté sur le plan des relations économiques internationales et la transformation de la politique.
WHRnet: Comment le mouvement féministe international pourrait-il appuyer les efforts du mouvement argentin des femmes ?
MJL: Mon rêve est que les féministes du monde entier élèvent leurs voix pour la situation de lArgentine. Non seulement pour demander laide humanitaire dans lurgence sinon pour dire que ceci est la goutte qui a débordé le vase et quune démocratisation des Nations Unies est indispensable -- plus de pouvoir de veto au Conseil de Sécurité, plus de membres pleniers -- ni plus de pouvoir à la Banque Mondiale, à lOrganisation Mondiale du Commerce tout comme la re- politisation des organismes financiers internationaux afin quils récupèrent les fins pour lesquelles ils ont été créés. Je souhaiterais que les femmes dEtat qui occupent aujourdhui des postes importants aux Nations Unies ( Mary Robinson, Gro Harlem Brundlandt, entre autres) et ont été protagonistes dans leurs propres pays des processus de changement et de luttes très importantes pour les droits humains, nous convoquent ou agissent conjointement avec nous dans la recherche dun espace alternatif pour une globalisation différente.

