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Quelles sont les implications d'une approche basée sur les droits pour la lutte contre la violence à l'égard des femmes ?

Une interview avec Charlotte Bunch

Février 2004

Charlotte Bunch est la fondatrice et la directrice exécutive du Centre pour le leadership mondial des femmes. Elle a été une activiste, auteure, et organisatrice dans les mouvements des femmes et des droits humains durant plus d'une trentaine d'années. En 1999, elle était choisie par le Président Clinton comme récipiendaire du Prix Eleanor Roosevelt pour les Droits humains, et en 2002, Women's e News l'honorait en tant qu'une des « 21 Leaders du 21e siècle ». www.cwgl.rutgers.edu


WHRNET : Quelles ont été les implications (négatives et positives) du mouvement des femmes et des gouvernements dans l'encadrement de la lutte contre la violence à l'égard des femmes comme une question des droits humains ?

Bunch : Pour les femmes, cela a été l'autonomisation et l'exclusion d'une telle violence de la catégorie d'un fait individuel malheureux, ou « c'est la vie » en quelque chose de politique et dont la société affirme qu'il ne devrait pas se produire d'une manière forte en l'appelant une violation des droits humains fondamentaux. Le Centre pour le leadership mondial des femmes vient de terminer une étude électronique sur cette question (consulter le site www.cwgl.rutgers.edu pour les détails complets) et beaucoup de femmes ont parlé de la manière dont cela les a fortifiées ou ont fortifiées les femmes avec lesquelles elles collaborent, de savoir que les Nations Unies et/ou les gouvernements ont dit que la violence était abjecte. Cela a fait partie d'une nouvelle prise de conscience pour les femmes qui sont venues à réaliser qu'elles n'étaient pas uniquement des victimes, mais aussi des sujets avec des droits qu'elles peuvent revendiquer, y compris le droit à vie sans violence.

Encadrer la violence à l'égard des femmes en tant que problème de droits humains à permis de rendre plus visibles les diverses formes d'une telle violence et d'accroître la perception du sérieux du problème. Par exemple, en montrant comment la violence domestique côtoie souvent les autres formes de violation considérées comme inacceptables, comme la torture ou que le viol dans le conflit armé peut constituer un crime de guerre a accru la pression que ces problèmes peuvent susciter aux niveaux des agendas locaux, nationaux et mondiaux.

Comme problème des droits humains, l'effort de mettre un terme à la violence à l'égard des femmes devient une obligation du gouvernement, pas seulement une bonne idée. Ceci signifie que les femmes peuvent travailler à faire engager la responsabilité des gouvernements à tous les niveaux pour leur incapacité à assumer cette obligation. Dans cet effort, les femmes ont créé et gagné l'accès à divers mécanismes (nationaux, régionaux et internationaux) utilisés par la communauté des droits humains pour essayer d'exposer les abus des droits humains et d'obliger les gouvernements à assumer leurs obligations. Ces acquis comprennent la nomination d'un Rapporteur spécial des Nations Unies sur la violence à l'égard des femmes, l'adoption de la Convention interaméricaine sur la violence, le Protocole des femmes à la Convention africaine sur les droits humains, l'inclusion de la violence sexuelle et la persécution sexospécifique dans les Statuts de la cour criminelle internationale, etc. Ces acquis régionaux et mondiaux ont pris leurs élans sur la pression locale exercée par les femmes et qui en retour ont propulsé les efforts des femmes au niveau national afin de trouver les moyens de faire engager la responsabilité des gouvernements. Peut-être l'augmentation la plus répandue au niveau national de l'usage par les femmes des instruments des droits humains a été celui de la Convention des femmes (CEDAW) et des rapports du gouvernement à l'organisme chargé de l'application des traités (et plus tard à son protocole optionnel) comme moyens d'exercer une pression sur les gouvernements nationaux. Les femmes font davantage usage des organes dominants spécifiques et non féminins des droits humains tel que le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires qui s'est occupé des questions comme les crimes d'honneur et autres organismes chargés de l'application des traités comme la Commission des droits économiques et sociaux pour veiller aux dimensions de genre de ces violations. Tout ceci s'ajoute aux diverses stratégies que les femmes peuvent utiliser afin de chercher réparation pour la violence à l'égard des femmes et œuvrer pour la prévenir désormais.

Je crois également que l'encadrement de la violence à l'égard des femmes en tant que question de droits humains a profondément défié et insufflé du dynamisme au mouvement des droits humains. Pour essayer de répondre aux nombreuses questions soulevées par l'étroite observation de la violence à l'égard des femmes faite à partir de la dichotomie public/privé aux problèmes de zèle et des acteurs non-étatiques, le mouvement des droits humains s'est formé grâce au discours féministe et a développé son envergure et augmenté de même sa base de soutien.

L'unique implication négative que je remarque à partir de ceci a été la tendance de certain (es) à compter beaucoup trop sur les critères juridiques et/ou forger des attentes irréalistes de ce que les gouvernements peuvent et veulent faire concernant la violence à l'égard des femmes, qui peuvent rendre certaines femmes sceptiques concernant les revendications des droits humains. Cependant de mon point de vue, l'encadrement de la violence en tant que problème des droits humains n'a jamais voulu dire éliminer les autres stratégies y relatif. Je ne m'attendais pas non plus à ce que une telle désignation ne mette un terme rapide au problème qui marque profondément et opère à plusieurs niveaux et par conséquent nécessite de multiples stratégies. Encadrer la violence à l'égard des femmes en tant que problème des droits humains est une profonde orientation qui s'ajoute à nos outils pour le changement, mais ce n'est pas un raccourci pour la formidable lutte politique/culturelle qu'un défi aussi profond au pouvoir patriarcal exige.

WHRNET : Comment cette structure des droits humains a-t-elle influencé d'autres luttes engagées par le mouvement des femmes, tell que celle relative aux droits génésiques et sexuels ?

Bunch :Encadrer les droits des femmes en tant que droits humains dépasse de loin le problème de la violence à l'égard des femmes, et est aussi important que ce problème. Il a encouragé les femmes à présenter nos luttes /problèmes comme des questions de « droits » et non uniquement des « besoins » ou des « désires ». Cela implique considérer les femmes comme des citoyennes à part entière qui ont le droit de participer à l'élaboration de tous les sujets d'ordre social, en y incluant ce qui est compris et traité comme « des droits humains fondamentaux ».

Après avoir réalisé que beaucoup d'expériences faites par les femmes ont été plus ou moins absentes des discussions importantes sur les droits humains (et beaucoup d'autres) problèmes, il devient plus claire que les femmes (comme d'autres groupes exclus) doivent étendre la portée des droits humains s'il s'agit de réaliser son objectif, celui d'être universel. Ceci étant, tous les groupes doivent définir ces choses particulières qui empêchent l'expression de leur humanité pleine et entière, si les luttes pour les droits humains doivent concerner les droits de tous les humains.

Cette incompréhension a permis aux femmes d'examiner les blocages particuliers à leurs droits humains socio-économiques, civils et politiques et d'articuler des questions tels que la terre et les droits d'héritage et la féminisation de la pauvreté en termes de droits humains. Ainsi les femmes ont rallié le mouvement en pleine croissance pour les droits socio-économiques qui cherche à faire tenir les gouvernements pour responsables du bien-être de leurs citoyens, aussi bien que trouver les moyens de faire assumer aux acteurs internationaux comme le FMI et les multinationales la responsabilité des implications de leurs politiques dans les droits humains.

La structure des droits humains a également été acceptée par un grand nombre de femmes oeuvrant en faveur des droits génésiques et sexuels en tant qu'un langage puissant pour articuler la centralité du contrôle de son propre corps comme un point de départ crucial pour l'exercice des droits humains. Tout comme les problèmes des droits humains telle que la torture sont axés sur ce qui arrive au corps, de même, l'assertion des droits sexuels force une connaissance que le refus du contrôle sur son propre corps/sexualité doit être vu comme essentiel aux droits humains.

WHRNET : Pourquoi pensez-vous que le mouvement des femmes a beaucoup plus prêté attention aux stratégies juridiques au niveau local et mondial au lieu de s'attaquer aux implications sociales, politiques et économiques qui maintiennent le patriarcat capitaliste ?

Bunch :Tout d'abord, je ne suis pas entièrement d'accord avec l'hypothèse qui soutend cette question qui laisse entendre que le mouvement des femmes a prêté toute son attention aux stratégies juridiques au détriment d'une action contre le patriarcat capitaliste. Je vois cela comme une fausse dichotomie. En plus de trente années comme féministe, j'ai observé les grands efforts accomplis par beaucoup de femmes, localement et mondialement pour dénoncer les causes sociales, politiques, et économiques sous-jacentes de l'oppression des femmes à travers le monde. Mais nous, comme les autres mouvements sociaux, n'avions vraiment pas réussi à comprendre comment changer ces facteurs sous-jacents. Le fait que nous n'avions pas encore remporté plus de succès pour opérer un changement sur ces problèmes difficiles, ne veut pas dire que les femmes n'ont pas essayé de les résoudre, ou que nous avons failli parce que nous nous nous sommes concentrées sur les stratégies juridiques. Cela nous dit plutôt combien un tel changement est difficile.

En plus, les stratégies juridiques sont importantes d'autant plus qu'elles offrent des possibilités concrètes immédiates d'amélioration dans la vie quotidienne des femmes. Il importe que le viol marital soit considéré comme un crime lorsqu'une femme tente de faire cesser ces violations. Dans le but de défier le patriarcat capitaliste, des petits progrès qui améliorent la situation des femmes peuvent encore être juridiquement utile et souvent créent des attentes croissantes qui encouragent les femmes à œuvrer pour davantage de changements.

Même lorsque les femmes pourraient ne pas être capables accéder à ces droits juridiques, il est plus facile de défier le contexte socio-économique qui les empêche d'y accéder si ceux-ci sont définis comme des droits qu'elles devraient d'abord avoir.

Ainsi donc, je ne vois pas les changements juridiques ou le travail visant à établir les critères des droits humains comme étant des mécanismes qui rendent les défis au pouvoir, plus difficile ou moins susceptibles d'être accomplis. Au contraire lorsque les femmes savent que quelque chose est défini juridiquement comme leur droit, et pourtant, n'ont pas encore accédé à ce droit, cela peut accroître leur détermination à mettre au défi les conditions qui empêchent l'exercice de ces droits. Ceci pourrait et devrait nous aider à traiter des conditions sociales, politiques et économiques sous-jacentes plus efficacement.

WHRNET : Etant donné la militarisation de la planète et tous les différents fondamentalismes auxquels nous sommes maintenant confrontées, y compris celui d'ordre économique, quelles pourraient être les nouvelles stratégies du mouvement des femmes en vue de susciter des changements majeurs dans notre société ?

Bunch :Si vraiment j'avais une réponse à cette question, je l'aurais crié du sommet de la montagne !! J'explore actuellement mon intuition concernant les moyens dont nous avons besoin pour avancer plutôt que tracer le contour des « nouvelles stratégies ».

Les féministes doivent trouver les moyens d'affronter les débats dans nos sociétés selon des façons nouvelles et plus efficaces. La peu de ce que nous observons dans les fondamentalismes est une réaction brutale en réaction aux succès féministes, en revendiquant les droits des femmes et en inscrivant des questions nouvelles tels que les droits génésiques et la violence à l'égard des femmes sur les agendas au plan national et mondial. Cette réaction brutale nous a mises sur la défensive, mais nous devons trouver un moyen pour être plus pro-active, réaffirmer nos visions et reprendre le dialogue. L'une des choses importantes que ceci nécessite c'est s'entretenir davantage avec les jeunes (femmes et hommes) à propos de leurs espoirs pour l'avenir afin que les messages féministes réfléchissent et parlent aux réalités de leurs vies. Je pense que dans cet effort, nous devons également utiliser les médias, la culture populaire, et mieux l'Internet d'autant qu'ils sont essentiels à la vie des jeunes.

Une meilleure articulation de nos visions et valeurs selon des façons qui persuaderont plus de gens de soutenir les droits humains des femmes est essentielle à cette tâche. Un aspect des droits humains est la protection et la défense des droits des minorités, ou ceux dont les vues sont différentes de celle dominante de leurs communautés, et à cet égard, les droits humains des femmes peuvent et devraient aider les femmes à s'affirmer lorsqu'elles n'approuvent pas leurs cultures. Mais pour que nos visions l'emportait, nous devons persuader davantage de personnes de ce que nos sociétés doivent changer et pour ce faire, nous devons trouver des moyens plus efficaces pour discuter des problèmes essentiels concernant les femmes, la culture, et les droits humains.

La violence sexuelle, raciale, sexospécifique et les autres formes de discrimination et de violence dans une culture ne peuvent pas être éliminées sans modifier la culture. Les mouvements sociaux sont et devraient être de nature à promouvoir le changement culturel aussi bien politique qu'économique. Nous devons traiter directement de la question du changement culturel, et ne pas avoir peur d'affirmer que nous sommes en faveur d'un tel changement. Cependant, nous devons également être claires que ceci ne signifie pas changer quelques cultures « attardées » pour être « occidentalisées », mais plutôt changer ces aspects de toutes nos cultures qui oppriment les femmes. Aux Etats-Unis par exemple, loin d'avoir réaliser un monde féministe, nous sommes engagées dans ce qui est localement appelé la « guerre des cultures » combattue sur des questions que les féministes ont soulevées. Pourtant le discours international concernant la « culture », tend à être un mot codé pour « tradition » - comme s'il n'y avait pas de nombreux problèmes de violence à l'égard des femmes et de discrimination dans la culture « moderne » ou occidentale aussi bien. Nous devons réformer la discussion relative à la culture et aux droits humains pour pénétrer ce débat.

Concernant le militarisme et l'exploitation économique, nous devons les défier sans détour bien entendu et beaucoup de femmes font de même. Je pense également que nous devons montrer clairement comment ils sont liés aux problèmes telle que la violence à l'égard des femmes (cibler la violence à la maison et dans le monde, etc.) et comment ils dépendent de l'entretien des hiérarchies sexuelles et raciales. Pour conclure, les féministes doivent créer de nouvelles stratégies, explorer de nouvelles orientations, et parler des valeurs sur lesquelles nous voulons bâtir nos cultures – en bref projeter une vision de ce qui pourrait être aussi réalisé, que faire une critique de ce qui est.

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