Ariane Brunet, Coordinatrice des Droits Humains, Rights & Democracy (Canada)
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En septembre 2002, Ariane Brunet s'est rendue à Kaboul, Afghanistan pour une mission sur les droits des femmes. Le but de la mission de Rights and Democracy était d'évaluer la situation des droits humains et la situation politique du pays à partir d'une perspective sexospécifique.
WHRnet: Les violations des droits des femmes étaient souvent citées par l'administration Bush comme justification de l'attaque de l'Afghanistan et de la volonté d'évincer le régime des Talibans. Il y'a plus d'un an, la situation des femmes en Afghanistan s'est-elle améliorée ou détériorée et de quelles manières ?
ARIANE BRUNET: C'est vraiment dommage que George W. Bush ait utilisé les droits fondamentaux des femmes comme justification des attaques de son Administration en Afghanistan. On doit attirer l'attention du mouvement des droits fondamentaux des femmes sur cette tendance. En effet, il a cherché a remplacer une forme de fondamentalisme par d'autres. Nous ne pouvons pas permettre que les fondamentalistes chrétiens utilisent les droits humains pour faire accepter leur « croisade ». Et nous ne devons pas permettre que les politiques utilisent les droits fondamentaux des femmes pour leurs agendas de guerre : Nous ne devrions pas non plus penser que la guerre en Afghanistan est terminée. La prétendue « guerre contre le terrorisme » continue à être la justification du déploiement des troupes américaines dans le pays. En outre, le « warlordism » ( pratique des seigneurs de la guerre) est encore très présent au coeur du système politique dans la majeure partie du pays. En fait, pour le gouvernement de transition, le fait qu'il y'ait des seigneurs de la guerre dans les positions clés au sein du gouvernement indique également que la démocratie n'est pas encore une caractéristique définitive de la politique du terrain et sans la démocratie la paix est précaire. Les femmes ont exprimé des doutes profonds et les populations ont généralement du mal à croire au gouvernement présent parce qu'il comprend des hommes avec « des mains tâchées de sang ».
En outre, la militarisation de l'aide est un nouveau phénomène qui a une très forte emprise en Afghanistan. Il est extrêmement important de reconnaître que des problèmes très réels existent par rapport à la militarisation de l'aide humanitaire. Les femmes doivent prendre conscience de cette nouvelle réalité dans la construction de la paix et nous devons commencer à penser comment la militarisation de l'aide empêche les femmes de participer aux processus de reconstruction et menacent leur sécurité. Il est impératif que les femmes afghanes prennent part aux processus de prise de décision en cours concernant la distribution de l'aide humanitaire et participent à sa distribution et que la priorité soit accordée à l'approvisionnement publique de la nourriture, de l'eau, de l'hygiène, de la santé et de l'énergie dans les politiques de reconstruction.
En matière de dévelopement social plus large, à la fin de 2002, très peu avait été accompli et peu d'avances avaient été faites pour examiner les questions cruciales des femmes telles que l'emploi, les soins de santé et l'éducation. Il est vrai que beaucoup plus de filles vont à l'école maintenant. Mais on ne sait pas bien si cela représente une amélioration très significative du travail des écoles clandestines qui ont fonctionné sous le régime des Talibans. Récemment, le Président de la Cour Suprême a étendu l'interdiction du seigneur de la guerre Ismail Khan de la co-éducation des mâles et des femmes dans tout le pays. Ceci signifie que les filles ne peuvent pas être instruites par des hommes quoiqu'il n'y ait pas assez de professeurs femmes qualifiées, en particulier au niveau de l'enseignement secondaire et universitaire. On a besoin de plus de ressources pour assurer l'éducation des filles. Ceci signifie également qu'il y'a des restrictions presque pareilles à celles des Talibans, qui en réalité réduisent de manière remarquable l'accès des filles à l'éducation. La communauté internationale doit protester, sinon les mullahs vont considérer ceci comme un signe réel de que les fondamentalistes peuvent faire ce qu'ils veulent en ce qui concerne les femmes.
Les femmes n'ont pas été incluses dans les processus de planification et de prise de décision relatifs à une large gamme de secteurs de politique qui les affectent. Il est à présent temps de réformer le système juridique afghan à partir d'une perspective sexospécifique pour s'assurer que les violations à l'égard des femmes sont prises en compte et pour assurer leur pleine égalité et participation dans la vie publique et politique. Nous savons que les femmes luttent pour une forte approbation des droits fondamentaux des femmes dans la constitution. Les autres priorités exprimées par les femmes juristes afghanes sont :
- Intégrer les questions relatives à la violence à l'égard des femmes dans la partie principlale de la constitution
- Intégrer les traités internationaux des droits humains et la CEDAW dans la constitution
- Inclure une interprétation progressive et féministe de la Sharia dans la constitution basée sur les principes des droits humains
- Assurer que des articles de mise en application et d'exécution sont inclus dans la constitution
- Assurer qu'un article qui analyse la nature discriminatoire de la loi coutumière est inclu dans la constitution
WHRnet: Selon vous, quels sont les effets de la « guerre contre le terrorisme » en cours sur les femmes, en particulier au Moyen-Orient et en Asie Centrale ?
ARIANE BRUNET: Les femmes d' Asie Centrale sont habituées au terrorisme et souffrent des actes de terrorisme de manière continue. Pendant plusieurs années elles ont parlé dans le désert . Le terrorisme se manifeste en attaques contre les femmes qui trangressent certaines règles ou contre les défenseurs/défenseuses des droits fondamentaux des femmes. Aujourd'hui la cynique « guerre contre le terrorisme » a servit à exarcéber les effets contre les droits fondamentaux des femmes et à utiliser le terrorisme contre les défenseurs/défenseuses des droits fondamentaux des femmes. Au Moyen-Orient, la prétendue « guerre contre le terrorisme » a servi à rendre invisible les approches alternatives à la résolution du conflit. Les activistes féministes en faveur de la paix sur le terrain ont developpé des tactiques de médiation inestimables. Cependant, celles-ci ont été ignorées ou minées étant donné que la « guerre du terrorisme » promeut la militarisation de toutes les sociétés en particulier celles où les conflits et les tensions ont été une caractéristique régulière de la vie quotidienne. Par conséquent, les approches de médiation et de résolution de conflits ont été mises de côté dans les médias et aux Nations Unies et l'activisme en faveur de la paix sur le terrain n'a pas le soutien qu'il requiert pour faire la différence. En outre, le climat intensifié de tensions et de violence renforcé par la « guerre du terrorisme » a inévitablement un impact sur les droits fondamentaux des femmes.
WHRnet: DROITS ET DÉMOCRATIE fait partie d'une nouvelle initiative de construction de la paix de 500.000 $ visant à donner des ressources aux femmes en Afghanistan pour « reconstruire » leur pays : Quels types de projets de femmes seront supportés par cet effort?
ARIANE BRUNET: Il y'a plusieurs secteurs carentiels où l'aide est particulièrement nécessaire, y compris des insuffisances majeures en structures de partage et de gestion de réseaux de l'information. Les femmes veulent l'information qui les aidera non seulement à survivre à la phase difficile de la reconstruction en cours mais également à dessiner et influencer la direction du pays. Dans une situation où les infrastructures sociales et de communication sont absentes ou excessivement insatisfaisantes il est essentiel de développer des stratégies pour partager l'information et relier les femmes dans les différentes parties du pays. Un deuxième secteur que droits et démocratie appuyera est la tâche la plus large de l'éducation et de la prise de conscience des droits fondamentaux des femmes. Nous savons que la prise de conscience des droits est un élement crucial pour développer une culture du respect des droits humains mais que les droits fondamentaux des femmes sont souvent omis des initiatives traditionelles d'éducation en matière des droits humains. Nous voulons être sûrs que les droits fondamentaux des femmes obtiennent l'attention dont ils ont besoin à ce moment important où le chemin de la reconstruction est définit. Une autre catégorie des activités à appuyer inclut les efforts visant à améliorer l'équité et l'égalité dans la société afghane plus largement. En conclusion, le fonds vise à encourager et à soutenir la participation et la contribution des femmes dans divers processus politiques y compris les réformes constitutionnelles et juridiques.
WHRnet: Ces dernières années il y a eu des gains significatifs dans la réalisation de la reconnaissance des violations sexospécifiques en temps de guerre et de conflit et du rôle vital que les femmes peuvent et devraient jouer dans la prévention et la résolution des conflits et la construction de la paix. Un exemple est la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité. Pensez-vous que de tels développements marquent la différence pour les femmes qui vivent dans des situations de conflit ou post-conflit sur le terrain ?
ARIANE BRUNET: Malheureusement, en ce qui concerne l'année dernière, la réponse doit être "non." En Afghanistan ces développements ont eu un impact nul. La situation est semblable à celle de la région des Grands Lacs en Afrique où l'expérience de « Urgent Action Fund » ( Fonds d'Action Urgente) démontre qu'il y a beaucoup de problèmes à analyser avant que les activistes féministes en faveur de la paix puissent assumer leur rôle légitime et être plus efficaces sur le terrain. Il y a encore un long chemin à parcourir avant que les dispositions de la Résolution 1325 ne soient popularisés et traduits en vrais avantages localement. Les ONG internationales doivent travailler sur le terrain pour promouvoir la compréhension des rôles des femmes dans la prévention et la résolution des conflits et la construction de la paix. L'ONU doit être plus active dans la traduction de la Résolution 1325 en réalité. Et l' ONU et les ONGI doivent accentuer le travail des activistes locaux des droits fondamentaux des femmes et en copier l'exemple.

