Par Ana Elena Obando, WHRnet
ENJEU RESSOURCES ADDITIONELLES
Le juridique et le politique...
La violence persiste, les droits humains aussi...
Les forces et les limites de la structure des droits humains.
Conclusions
Faits et Chiffres
Instruments des Droits humains et Mécanismes
Sources
Le thème de ce mois explore l'usage du cadre des droits humains et sa signification relative à la violence sexospécifique. Il cite les diverses avancées politico juridiques internationales rendues possibles grâce à l'utilisation de cette structure, ses forces et ses limites aussi bien que les défis auxquels s'affrontent les mouvements des femmes en commençant par un nouveau cycle de stratégies, de visions et de paradigmes.
Le juridique et le politique...
Lorsque les Nations Unies avaient adopté la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948, stipulant que « Tous les êtres humains sont nés libres et égaux en dignité et en droits » et que « Chacun est habilité à jouir de tous les droits et libertés contenus dans cette déclaration, sans distinction aucune, tels que la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l'opinion politique ou autres, l'origine nationale ou sociale, la propriété, la naissance ou autres statuts…, la communauté internationale n'imaginait pas que 40 ans plus tard, les femmes revendiqueraient, en leurs capacités d'êtres humains, l'éradication de toutes les formes de violence sexospécifique à leur égard – y compris la violence à l'égard des femmes survenant dans la sphère soit disant « domestique » ou privée.
En dépit des progrès faits depuis lors, il en existe encore un nombre important à accomplir avant que le droit à une existence exempte de violence, ne devienne réalité pour les femmes à travers le monde. Le samedi, 14 février 2004, V-Day et Amnesty International ont organisé une marche pour commémorer les centaines de femmes qui ont été assassinées impunément au cours des dernières décennies à Cindad Juarez et Chihuahua, au Mexique. Malgré les pressions et les dénonciations constantes des familles des victimes aussi bien que celles des organisations non gouvernementales locales, nationales et internationales pour mettre un terme à ces crimes, les autorités mexicaines n'ont pas encore initié les actions appropriées pour mener des enquêtes.
Même après la visite relative aux droits des femmes à Cindad Juriez du Rapporteur spécial de la Commission interaméricaine des droits humains et son rapport sur la condition des femmes dans cette région, les autorités continuent de traiter ces crimes de façon isolée, niant l'existence de caractéristiques similaires dans les disparitions et les assassinats des centaines de femmes sur la base de leur genre, leur ethnie, âge et condition socio-économique.
Les cas de Cindad et Chihuahua ne sont qu'un des nombreux exemples douloureux de ce qui arrive aux femmes quotidiennement dans chaque région du monde. Ils servent de témoignages de l'existence du fossé qu'il y a entre le discours des droits humains et son imparfaite mise en œuvre. Dans un monde où le cadre des droits humains s'est dans la réalité traduit en justice et égalité pour les femmes, l'impunité ne saurait être un axe constant touchant les diverses formes de violence à l'égard des femmes.
En nous basant sur les expériences antérieures, nous savons que nous ne pouvons pas compter sur une stratégie singulière tels que le système juridique ou le cadre des droits humains pour mettre un terme à l'une des manifestations les plus extrêmes du pouvoir, l'inégalité entre les femmes et les hommes. Nous devons nous apprêter à aller de l'avant vers d'autres stratégies. Cela ne signifie pas abandonner complètement le discours sur les droits ni son cadre, mais plutôt analyser sérieusement les mécanismes qui ont après tout émergé du contexte de la domination patriarcale. De la même façon, nous devons examiner l'impact du phénomène le plus récent du néolibéralisme et comment celui-ci agit dans l'application du cadre des droits humains.
Nous sommes maintenant dans une situation où l'universalité des droits humains se trouve confrontée et défiée par la logique du marché. Les états et les gouvernements qui devraient être les premiers et de prime abord à garantir les droits humains répondent plutôt à d'autres intérêts politiques et économiques extérieurs ciblés dans le discours du néolibéralisme qui souvent tend à être antithétique aux préoccupations et besoins des femmes. Les politiques de la militarisation, la répression, l'impunité et les autres formes des violations des droits humains sont des mécanismes de la désintégration sociale et de l'intimidation politique, dont le but est de concentrer le pouvoir social, politique et économique de l'élite des entreprises.
Les hommes utilisent la violence à l'égard des femmes pour conserver leurs privilèges sexospécifiques et les États exercent la violence armée pour affirmer leur position hégémonique dans le monde de la même façon que les entreprises emploient la violence économique pour maintenir et accumuler leurs pouvoirs. En d'autres termes, les valeurs et les attitudes qui soutiennent la violence dans le cadre privé sont les mêmes qui peuvent conduire à un conflit armé ou à l'appauvrissement des gens.
Conceptualiser le cadre des droits humains comme paradigme qui résoudra tout par opposition à un indicateur du mode de fonctionnement de ces mécanismes, sert uniquement à dévier nos efforts à trouver davantage de solutions radicales. Cela en est ainsi car les progrès juridiques ne peuvent influencer le changement social que s'ils sont accompagnés par, entre autre, le renforcement des États du bien-être social féministe et la construction d'un mouvement qui se positionne comme un acteur plus politique, doté de la capacité de négociation et d'établir des accords avec lui-même et avec d'autres acteurs légitimes.
Il est important de réévaluer le cadre des droits humains en vue de déterminer jusqu'où il a permis l'avancement de la lutte contre la violence sexospécifique, ses forces et ses limites en contribuant au changement positif, et détermine où les mouvements féminins peuvent centrer leurs efforts dans l'avenir. Il est plus qu'urgent dans le contexte actuel où la logique du marché du patriarcat capitaliste soutenant la mondialisation néolibérale sape et impose des limites aux institutions responsables de garantir les droits humains.
La violence persiste, les droits humains aussi...
Les trois Conférences mondiales sur les droits des femmes tenues à Mexico City (1975), Copenhague (1980) et Nairobi (1985), leurs forums d'ONG parallèles, les conférences des années 90 et l'organisation de ces évènements qui ont eu lieu sont toutes essentielles à la compréhension de la conformation du mouvement international des femmes, les dimensions de son agence politique et les progrès juridiques et politique dont jouissent les femmes actuellement dans le monde. Le problème de la violence à l'égard des femmes était le point de départ qui a permis au mouvement féminin de bien connaître le système des Nations Unies et de commencer à l'utiliser et aussi bien de développer et re-conceptualiser la théorie et la pratique des droits humains.
La responsabilité des gouvernements pour éradiquer la violence à l'égard des femmes était déjà reconnue à la Conférence de Nairobi sur les Stratégies Prospectives pour l'Avancement des Femmes. Mais sans doute l'avancement le plus significatif (important) pour la protection des droits des femmes était l'adoption, en Novembre 1979 de la Convention sur l'Elimination de Toutes les Formes de Discrimination à l'égard des Femme (CEDAW). Le premier traité international des droits humains basé sur les expériences et les besoins des femmes, CEDAW traite spécifiquement des droits des femmes. CEDAW définit le concept de discrimination à l'égard des femmes d'une manière plus large et interdit la discrimination à l'égard des femmes sans tenir compte de l'auteur, des individus, des organisations, ou des entreprises.
Quoique la Convention n'ait point réussi à inclure le droit de se libérer de la violence, en 1992 la Commission sur l'Elimination de la Discrimination à l'égard des Femmes à rendre publique sa Recommandation Générale N°19 demandant aux États d'insérer dans leurs rapports sur les progrès des informations relatives à la violence à l'égard des femmes et aux mesures envisagées pour y procéder. La Recommandation affirme que les États qui sont parties à la Convention devraient prendre des mesures appropriées et efficaces pour surmonter toutes formes de violence sexospécifique, que ce soit par un acte public ou privé.
D'autres traités telle que la Convention américaine sur les droits humains, et particulièrement l'opinion rendue publique par le Tribunal Interaméricain des droits humains dans l'affaire Velasquez Rodriguez, fixe un cadre pour la responsabilisation des États dans leurs obligations positives pour protéger les citoyens contre les violations commises par les agents publics ou privés. Par conséquent un État peut être tenu pour responsable du fait de n'avoir pas appliqué les mesures appropriées pour prévenir de telles violations ou n'avoir pas réagi conformément aux exigences du traité.
En 1993, la Conférence mondiale de Vienne sur les droits humains a reconnu que les droits humains des femmes et des fillettes sont une partie inaliénable, intégrale et indivisible des droits humains universels, et qu'en outre la violence à l'égard des femmes est une violation des principes fondamentaux des droits humains internationaux et du droit humanitaire. La Conférence avait été convoquée pour l'incorporation d'une perspective de genre à la fois dans les mécanismes des droits humains et aux niveaux international, régional et national en vue d'éliminer la violence à l'égard des femmes.
En décembre 1993, l'Assemblée générale des Nations Unies approuvait la Déclaration sur l'Elimination de la violence à l'égard des femmes. Cet instrument exprime le consensus politique concernant les obligations des États pour prévenir la violence sexospécifique et redresser les torts causés aux femmes qui en sont victimes. Bien qu'il n'ait pas clarifié le contenu de la catégorie de violence à l'égard des femmes ni défini la gamme des obligations des États, la définition de la violence précise au moins les contextes dans lesquels ceci pourrait survenir. La Déclaration renforce également les engagements contenus dans la Déclaration de Vienne en n'autorisant pas les États à justifier les violations des droits humains sous le prétexte des circonstances culturelles, religieuses ou historiques.
En 1994, la Commission des Nations Unies pour les droits humains avait adopté une résolution pour étendre une dimension sexospécifique à tous les niveaux des droits humains et mettre en œuvre les activités programmatiques aux niveaux international, régional et national. Dans la même année, la Commission avait nommé Radhika Coomaraswamy comme le premier Rapporteur spécial sur la violence à l'égard des femmes, ses causes et conséquences. Son mandat lui permet de recevoir les plaintes et d'initier les enquêtes sur la violence à l'égard des femmes dans tous les pays membres des Nations Unies.
Toujours en 1994, l'Organisation des États Américains (OEA) avait approuvé la Convention interaméricaine sur la Prévention, la sanction et l'éradication de la violence à l'égard des femmes (« Convention de Belém do Para »). Selon cette convention, la Commission interaméricaine sur les femmes (CIAF) est chargée d'adapter des mesures positives pour faire avancer la mise en œuvre de la Convention. En plus, toute personne ou groupe de personnes, ou toute entité non-gouvernementale légalement reconnue dans un ou plusieurs États membres de l'OEA, pourraient déposer des pétitions auprès de la Commission interaméricaine sur les droits humains (CIADH) contenant les dénonciations et les plaintes concernant la violence à l'égard des femmes. Une telle affaire examinée par la (CIADH) en Avril 2001 concernait Maria da Penha Maia Fernandes, dans laquelle la responsabilité de l'État du Brésil était engagée pour sa tolérance et son omission en ce qui concerne la violence à l'égard des femmes. La CIADH déclarait que « ...la tolérance par les organes d'État ne se limitait pas à cette affaire ; c'est plutôt un cas d'espèce. L'admission de cette situation par tout le système ne sert qu'à perpétuer les racines et les facteurs psychologiques, sociaux et historiques qui maintiennent et encouragent la violence à l'égard des femmes » (par.55) et que « ...la société ne constate aucune preuve de volonté de la part de l'État, en tant que représentant de la société, d'agir efficacement pour sanctionner de tels actes » (Par.56). 1
En 1994, la CIADH avait créé ses fonctions de Rapporteur spécial des droits des femmes. Le mandat de ce rapporteur est d'analyser et de rédiger un rapport sur la base duquel le droit et les pratiques des États membres affectent les droits des femmes et se conforment à l'ensemble des obligations d'égalité et de non-discrimination exposées dans la Déclaration américaine des droits et devoirs de l'Homme et la Convention américaine des droits humains.
Le Programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le développement (Caire, 1994) avait reconnu que les droits de reproduction sont des droits humains, et que la violence sexospécifique est un obstacle à la santé des femmes, à leur éducation et leur participation au développement. Il en appelait également aux États pour la mise en œuvre de la Déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes et la CEDAW.
Bien que le viol ait été explicitement cité par la Commission des Nations Unies pour les droits humains depuis 1992 comme une forme de torture, ce n'était qu'en 1995 que la CIADH a consacré une section dans son « Rapport sur la situation des droits humains en Haïti » à la question de la violence sexuelle perpétrée à l'égard des femmes sous un régime illégal. Pour la première fois il déclarait que le viol « représente non seulement un traitement inhumain qui porte atteinte à l'intégrité physique et morale en vertu de l'Article 5 de la Convention Américaine sur les Droits humains], mais aussi une forme de torture dans le sens de l'Article 5 () de cet instrument. »
La Déclaration et la Plateforme d'action de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes (Beijing, 1995) avaient consacré une section entière à la question de la violence à l'égard des femmes, reconnaissant que son éradication est essentielle à l'égalité, au développement et à la paix mondiale. La Plateforme reconnaissait également explicitement que « les droits humains des femmes impliquent leur droit d'avoir le contrôle et de décider librement et de manière responsable de tout ce qui concerne leur sexualité, y compris la santé sexuelle et reproductive, sans coercition, discrimination et violence » (par. 96).
En 1996, la Commission des Nations Unies sur le Statut des femmes a examiné la proposition de créer un Protocole optionnel à la CEDAW, un mécanisme qui était approuvé en 1999 et entré en vigueur en 2000. Le Protocole contient deux communications et des procédures d'investigation qui permettent aux femmes d'attaquer les politiques et pratiques discriminatoires d'un État.
Également en 1996, le Tribunal pénal international pour l'ancienne Yougoslavie a lancé sa première accusation en jugeant le viol et autres types de violence sexuelle comme des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, y compris la torture et l'esclavage.
De même, le Tribunal pénal pour le Rwanda avait jugé le viol comme génocide. Auparavant, le viol dans le contexte de la guerre était vue comme naturel et inévitable, et juridiquement considéré comme une offense morale, non pas un crime aussi grave qu'il ne l'est maintenant.
En 1998, au cours de la 42e Session de la Commission des Nations Unies sur le statut des femmes, une résolution était adoptée afin demander aux gouvernements de modifier les définitions et les structures juridiques dans le but de s'assurer que celles-ci impliquent la défense de toutes les femmes et les filles affectées par les conflits armés. En particulier, la résolution déclarait explicitement que le viol systématique et l'esclavage sexuel dans le contexte du conflit armé constituaient des crimes de guerre. Les gouvernements étaient davantage mis en demeure de formuler des plans nationaux multidisciplinaires, des programmes et des stratégies coordonnées visant à l'éradication de toutes les formes de violence à l'égard des femmes et des filles. En outre, il leur était demandé de définir les objectifs et de fixer un échéancier pour la mise en œuvre et autres procédures pour renforcer la loi au niveau local.
En 1998, la création de la Cour pénale internationale avait également été acceptée et la CPI était entrée en fonction en 2001. Pour la toute première fois, le Code de Rome de la CPI certifiait au niveau international que le viol constitue un crime de guerre ou un crime contre l'humanité et non simplement un crime contre la dignité personnelle. Une grossesse forcée, une stérilisation forcée, l'esclavage sexuelle, la prostitution forcée et une autre forme de violence sexuelle d'une gravité similaire étaient également inclus parmi les crimes contre l'humanité (Article 7). Le Code envisage « une représentation équitable des juges femmes et hommes » ; les enquêtes et poursuites judiciaires des crimes sexospécifiques à l'égard des femmes, les droits des victimes à la protection et à la participation à certaines étapes du processus, et leur droit à la réparation, à la compensation et à la réhabilitation ; la commission d'experts en matière de violence sexuel au Cabinet du Procureur de même qu'un Groupe de Victimes et de Témoins au Bureau d'État Civil, avec les spécialistes sensibles aux questions sexospécifiques responsables de leur protection. La mise en œuvre du Code dans les législations pénales internes de chaque pays signataire est d'une importance capitale, du moment qu'il contient des normes procédurales sexospécifiques tout à fait (très) progressistes et substantives.
Malgré les autres difficultés de la conférence de Beijing +5, il est loyal de faire remarquer que pour la première fois les crimes d'honneur étaient introduits de manière évidence dans le discours ; le langage concernant les décès et la violence relatifs au dot était renforcé ; les gouvernements étaient mis en demeure de présenter une loi sur le viol marital, et les crimes motivés par la race, comme étaient inclues les attaques à l'acide en tant que formes de violence. Enfin, il était demandé aux gouvernements de lancer une campagne de tolérance zéro contre la violence à l'égard des femmes.
Les féministes de toutes les régions du monde se sont attaquées à la tâche de traduire les progrès internationaux souvent des documents qui ne sont pas juridiquement contraignants, en des normes juridiques et des politiques gouvernementales. En Amérique Latine et dans les Caraïbes, par exemple, 15 pays ont passé des lois contre la violence domestique au cours de la dernière décennie. Cependant, la plupart de ces lois n'ont pas un langage sexospécifique plus progressiste (à l'exception de la République Dominicaine), mais plutôt, ont inclus tous les membres de la famille comme des potentielles victimes de la violence domestique.
Le premier exemple de ce type de loi contre la violence domestique a vu le jour, ont inclus tous les membres de la famille comme des potentielles victimes de la violence domestique.
Le premier exemple de ce type de loi contre la violence domestique a vu le jour à Puerto Rico en 1989, lorsque le premier instrument juridique était passé, appelé Loi, N°54 pour la Prévention et contre l'Intervention de la violence domestique. Cette législation était un point de repère pour la classification et la sanction des crimes de mauvais traitement au moyen des menaces, de la restriction de la liberté et de l'agression sexuelle maritale, aussi bien pour l'établissement des ordres de protestation des victimes de la violence domestique.
Le Costa Rica, le Puerto Rico, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay ont introduit le concept du harcèlement sexuel dans leurs législations, soit par le Code du travail soit dans les lois qui ont trait au harcèlement sexuel. Et bien que la nature intime de ces actes est difficile à prouver au tribunal, la loi a reconnu et modifié selon sa structure, une expérience courante d'abus qui auparavant a été considérée simplement comme une « idylle au bureau » une liaison conjugale ou liaison toute aussi dénigrante.
La création d'instituts féminins, de ministères, de départements et de cabinets de défense est d'autant de progrès résultant de l'organisation d'un mouvement international contre la violence sexospécifique.
Les actions extralégales, strictu sensu qui ont eu lieu depuis les années 90 sont légions. Les Tribunaux criminels internationaux, les tribunaux qui s'attaquent à l'esclavage sexuel perpétré par l'armée et les processus réunis à Vienne et à Beijing pour documenter et rendre les violations des droits des femmes visibles, tous aident à sensibiliser l'opinion publique à la violence sexospécifique. En plus, ils aident à établir les responsabilités des États, les organismes internationaux et la société civile. Les diverses campagnes de dénonciation et de visualisation y contribuent également ; la création des réseaux et des ONG spécialisées en matière de prévention, de soin, de visualisation de la violence aux niveaux international et régional ; des commissions tripartites ; service d'assistance téléphonique ; enquêtes et diagnostics ; l'élaboration des indicateurs et les séries des politiques formulées dans plusieurs pays générés par l'engagement des gouvernements – tout ceci donne la preuve d'un travail assez important et d'une organisation d'un mouvement dont l'agencement politique a traduit en de multiples progrès dans de nombres domaines et en appropriation d'une structure qui pourrait être la base d'une vraie culture des droits humains.
Les forces et les limites de la structure des droits humains.
Les féministes savent que la loi est l'une des principales institutions du patriarcat qui ne fonctionne pas d'une façon neutre, non historique, ou indépendamment des relations de pouvoir.
Si nous observons les progrès réalisés jusqu'ici, l'on pourrait dire d'une manière générale qu'ils ont servi à rendre plus visibles les expériences faites par les femmes, leurs préoccupations et leurs besoins, et quelques fois à révéler l'inégalité de leur situation dans les différentes structures de l'oppression.
Les manières dont le droit international est utilisé pour encourager les changements dans les politiques et les législations d'un pays sont un facteur déterminant dans l'évaluation de l'efficacité et de la limite de la structure des droits humains.
1) La première force de la structure des droits humains est qu'elle légitimise et reconnaît officiellement les épreuves de la violence subies par les femmes. Cela permet de transformer l'expérience d'un simple « individu » et un problème « isolé » en une violation des droits humains à laquelle les gouvernements ont l'obligation de réagir. Les gouvernements doivent s'abstenir de perpétrer de telles violations, mais plutôt les sanctionner et en rendre compte aux diverses commissions. Une limite de la structure est que la mise en œuvre des droits humains dépend en définitive de la volonté de l'État, qui à la responsabilité de faciliter son exercice.
Féminicides à Cindad Juarez et Chihuahua
Les affaires de Cindad Juarez et de Chihuahua sont un exemple de cette affirmation. Selon Lydia Alpizar, la campagne « Stop Impunity » utilisait la structure des droits humains pour faire pression sur les autorités du gouvernement, accroître l'information publique, mobiliser le soutien, souligner la responsabilité du gouvernement mexicain et montrer que l'inaction de l'État est une preuve de sexisme et de discrimination. En même temps, la limite de la structure était révélée, étant donné le manque de volonté politique et la diligence attendue de la part de l'État pour prévenir, enquêter et sanctionner les crimes commis.
Le rapport d'Amnistie International, « Intolérable Killings : Ten years of Abductions and Murders in Cindad Juarez and Chihuahua » (AMR 41/026/2003) à l'incapacité des autorités mexicaines d'entreprendre une enquête sur les féminicides qui ont eu lieu. Il démontre l'incapacité des autorités d'examiner les affaires selon une structure donnée, en déniant aux membres des familles une réponse appropriée et une solution judiciaire efficace. Au moyen des cas concrets, le rapport offre une analyse du manque de volonté de l'État et de son indifférence manifeste, sa négligence, ses retards injustifiables et son incapacité à empêcher, enquêter et sanctionner les meurtres. Il expose également les obligations qui incombent à l'État du Mexique à travers les critères internationaux des droits humains, et donne une série de conclusions et de recommandations qui, selon Amnesty International doivent être entièrement et efficacement exécutées.
La violence à l'égard des femmes, telle que prouvée par ces affaires, ne constitue pas qu'une forme de discrimination ; elle viole aussi les droits à la vie, à l'intégrité physique, à la liberté, à la sécurité et à la protection judiciaire garantis par la Convention internationale sur les droits civils et politiques, la Convention américaine sur les droits humains et la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), entre autres. Ces critères internationaux réaffirment l'obligation de l'État à découvrir la vérité et offrir justice et réparation aux victimes, même lorsque leurs droits ont été violés par des parties privées.
En outre, en vertu de la Convention américaine sur la prévention, la sanction et l'éradication de la violence à l'égard des femmes (« Convention of Belém do Para »), l'État est en partie responsable au niveau international lorsqu'il ne réussit pas à faire preuve de zèle pour empêcher, enquêter et imposer des sanctions en cas de violence à l'égard des femmes perpétrée par des auteurs privés.
Selon le rapport du Rapporteur spécial de la Commission interaméricaine des droits humains sur les droits des Femmes, la grande majorité des meurtres à Cindad Juarez demeurent encore impunis ; il n'y a approximativement 20 pourcent de ces cas qui ont fait l'objet de procès et de condamnations. D'autre part, alors même que le nombre d'assassinats commencait à augmenter, certains fonctionnaires chargé d'enquêter et de poursuivre leurs auteurs en justice commençaient à tenir un discours qui en fin de compte blâmait les victimes pour les crimes. Selon les déclarations publiques de certaines autorités de haut rang, les victimes portaient des mini jupes, sortaient danser, étaient libertines ou des prostituées. Il y a des rapports d'après lesquels la réponse des autorités compétentes aux membres des familles des victimes va de l'indifférence à l'hostilité.
En outre, pendant que les meurtres commis à Cindad Juarez attirent de plus en plus l'attention internationale et ont été condamnés par de nombreuses personnes dans cette ville et dans tout le Mexique, y compris le Président et la Première Dame, les Commissions du Congrès sur le genre et l'équité, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits humains, les Rapporteurs spéciaux pour les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et pour l'indépendance des juges et des avocats, le Directeur exécutif des fonds des Nations Unies pour les femmes, cette condamnation politique n'a pas été suffisante pour invertir l'impunité.
En outre, avec le modèle néolibéral qui conduit les sociétés vers la réduction de leurs filets de sécurité sociale, émerge une structure institutionnelle promue par différents types d'États, pour le traitement discriminatoire des femmes. Cette structure signifie que même les États riches ne garantissent les droits des femmes.
Et bien que le problème dépasse la volonté politique – étant donné la complexité de l'interrelation des religions, l'État et les pouvoirs de l'Entreprise – ceci nous amène à poser la question de savoir quelles institutions le féminisme devrait soutenir ou aider à construire pour que la protection des droits humains des femmes ne soient pas abandonnée à la merci de la volonté politique, économique, ou religieuse ou d'une administration sexiste de la justice. Comment nous assurer que ceux-ci deviennent une partie d'un mécanisme qui fonctionne en même temps avec la participation de divers groupes sociaux. Cette question est ouverte au débat.
2) La deuxième force de la structure des droits humains a été d'appliquer le principe de l'indivisibilité des droits humains dans l'intention de briser l'existence de la hiérarchie entre les droits civils et politiques et les droits économiques, sociaux et culturels. Ceci est significatif parce que s'assurer que les droits des femmes ne souffrent d'aucune violence nécessite que l'État garantisse l'éradication des conditions sociales et économiques qui maintiennent et perpétuent la subordination des femmes.
Cependant, en réalité les droits civils et politiques continuent de jouir de plus d'importance que les droits économiques, sociaux et culturels en droit international et dans les budgets gouvernementaux. Ceci se poursuit en dépit du fait que les gouvernements sont obligés d'allouer des ressources pour assurer tous les droits ci-dessus. En outre, beaucoup de pays, ceux d'Amérique Latine par exemple, ont compromis leur capacité de préserver les droits économiques, sociaux et culturels de leur population en signant un ensemble d'accords commerciaux avec les États-Unis. Les conséquences fatales de ce modèle de commerce libéral ont déjà été constatées au Mexique, avec la signature de la NAFTA dix ans auparavant.
Il est important de discuter de la manière dont fonctionnerait en pratique un modèle de développement holistique et inclusif selon les principes féministes d'égalité, d'autonomisation, de durabilité, de solidarité, de coopération et de productivité. Et quel serait le rôle de l'État et de la Société Civile vis-à-vis de la structure des droits humains.
Cependant, une différentiation doit être faite entre l'utilisation de la structure par les femmes, qui a eu des résultats très positifs tels qu'illustrés ci-dessous, et les actions accomplies par l'État pour garantir les droits de ses citoyens, quelque chose qui ouvre à l'analyse une question entièrement nouvelle.
Par exemple, se basant sur son travail avec des femmes réfugiées, June Murala explique que les gens sont généralement bien au fait de leurs droits et besoins fondamentaux. C'est la raison pour laquelle il est facile de parler de la mutilation génitale féminine (MGF) dans le contexte des droits humains des femmes et des filles, du moment que cette question est étroitement liée à la paralysie sociale et économique des femmes. Selon son opinion, le principe de l'indivisibilité des droits humains est le point de départ pour s'attaquer aux nombreux facteurs qui sont à l'origine de cette pratique.
Dans le but de faire remarquer aux communautés que la MGF est une violation des droits humains, elle la redéfinit comme une multiple violation – au droit à la santé, à la non discrimination, à la vie, au droit d'être libéré de la torture, à la liberté, à la sécurité personnelle et à l'intimité.
Ensuite, Carrie Cuthbert et d'autres auteurs qui ont travaillé sur la violence domestique explique comment la structure des droits humains leur a permis d'examiner les liens qui existent entre les violations ; par exemple, les problèmes économiques auxquels les mères sont confrontées après un divorce et les multiples formes de discrimination que les femmes battues subissent. Ils ont utilisé les principes et les critères des droits humains dans les tribunaux dans le but d'associer les difficultés économiques liées au coût élevé du procès devant les cours de justice familiale, les problèmes de la prise en charge de l'enfant et autres questions ayant concrètement trait aux droits économiques des enfants.
3) La troisième force de la structure des droits humains a été de défier notamment à la lumière de la violence à l'égard des femmes, la fausse dichotomie public/privé du droit international. Cela a des implications au niveau de la responsabilité de l'État, et après devrait nous amener à analyser l'inégalité structurelle et une pensée dichotomique. Cette interrogation démystifie également la violence en tant que quelque chose de naturel et la transforme en un phénomène politique.
Cependant, la limite est que, dans la pratique, la dichotomie public/privé confère encore plus de valeur aux actions publiques et dans ce cas réagit plus activement aux formes de violence d'État et à la répression d'acteurs dans la sphère publique/politique. Voici pourquoi la violence à l'égard des femmes par des acteurs privés ne figure pas dans la jurisprudence les droits humains et la doctrine. C'est aussi la raison pour laquelle les systèmes judiciaires nationaux ne lui accordent pas le sérieux et l'importance que de tels crimes justifient.
Le critère du zèle attendu pour empêcher et réagir à la violence perpétrée par les acteurs non-étatiques était clairement illustré dans les affaires Velasquez Rodriguez et Maria da Penna Maia Fernandes citées ci-dessus. Utilisant la première affaire, les activistes féministes ont établi des parallèles entre la violence domestique et la torture pour présenter certaines formes graves de la violence à l'égard des femmes dans la définition de la torture lorsque l'État n'a pas réussi à exercer le zèle attendu (dû). D'où l'importance du fait que les défenseurs des droits humains des femmes continuent de soutenir, particulièrement au niveau local, que les critères internationaux doivent être mis en œuvre par les systèmes judiciaires nationaux.
4) La quatrième force de la structure des droits humains a permis de défier le concept traditionnel des droits humains et « humanité » à un degré tel qu'aujourd'hui nous pouvons affirmer qu'il ne peut y avoir de droits humains sans les droits des femmes. La limite de la structure est que le sexisme, le racisme, le classicisme et l'homophobie figurent encore dans l'interprétation des droits humains et la pratique. Ceux qui choisissent d'utiliser la structure devraient garder à l'esprit qu'elle n'a pas réussi à incorporer les diverses expériences des homosexuels, des lesbiennes, les transsexuels, les autochtones, les descendants d'afrique et autres groupes qui sont loin d'être traités comme des « êtres humains » et sur qui l'impact de la structure est par conséquent inégal. Tant que le concept humain ne réussira pas à intégrer les différences en pratique, sa signification continuera d'être partiale et par conséquent, l'exercice des droits d'un grand nombre de personnes sera limité par des catégories de sous-hommes.
Les stéréotypes humains sont actuellement exacerbés par les médias qui renforcent la hiérarchie du parodique humain. Nous continuons de faire face au défi de créer une culture basée sur les éthiques des droits humains, l'axe de ce qui devrait être une humanité inclusive. Nous devons continuer à faire des percées dans les traditionnelles mass médias d'une façon créative et en même temps résister à la tentation d'abuser des stratégies juridiques.
Les dimensions réussies de la structure des droits humains ont généré, à l'intérieur des mouvements, une forte tendance à légaliser les problèmes des femmes. Lorsqu'il s'agit des stratégies, habituellement la proposition consiste à formuler une nouvelle législation nationale ou à invertir des ressources humaines et économiques dans une campagne de sensibilisation pour un document international. Souvent la législation passée finit par ne pas être juridiquement contraignante et n'améliore pas la situation de subordination des femmes.
Fréquemment les nouvelles lois ou un litige sur les droits patriarcaux ne changeront pas la structure hiérarchique de la société ou l'oppression structurelle, tant que toutes les deux sont systématiquement reproduites par des institutions économiques, politiques et culturelles de premier plan. Une forte critique à l'intérieur des mouvements des femmes est que de nombreuses activistes ont cessé de fixer leurs propres agendas indépendants et étaient absorbées par les priorités du système des Nations Unies ou par le travail concernant la structure des droits humains. Cela a servi à omettre l'analyse et le débat à propos des multiples oppressions et structures de domination.
C'est pourquoi la question demeure toujours : Comment pouvons-nous combattre les différentes structures d'oppression sociales, politiques et économiques, retenir ceux des droits déjà réalisés et utiliser le discours des droits humains pour aider à générer le changement social ?
Je crois que nous devons utiliser les nouvelles technologies disponibles pour ouvrir des débats sur de nouveaux paradigmes, visions et des fondements moraux qui nous aiderait à construire une proposition féministe pour ce qui est nécessaire et possible.
5) Une autre force et l'effet collatéral de l'utilisation de la structure des droits humains ont constitué l'ouverture des espaces à l'intérieur de la structure juridique. Cela a été fait en vue de définir, par exemple, les concepts telle que la santé sexuelle et reproductive des femmes sans coercition et violence, ou être à même de parler des discriminations à l'égard des droits des lesbiennes, des homosexuels et des transsexuels comme des violations des droits humains
Avant que les féministes ne s'attaquent à la théorie et à la pratique des droits humains, les violations de ces droits n'avaient aucune dimension de genre, de classe, de race, d'orientation sexuelle, d'ethnicité, d'age, de statut économique etc. En d'autres termes, les multiples oppressions et violations qui fusionnent dans les individus du fait de leurs diverses conditions, n'étaient pas perceptibles. Aujourd'hui c'est chose acquise grâce au féminisme, mais non aux gouvernements
Peut être le principe de l'universalité à partir d'une approche de diversité, qui à ce jour n'est pas compris ni appliqué par le gouvernement ou les officiels en charge des droits humains, devraient être analysé en relation avec le mécanisme néolibéral qui exclu les individus, les groupes et les catégories sociales. C'est tout à fait nécessaire puisque le soi-disant principe de l'universalité est réduite à servir les élites et par conséquent menace de transformer les droits en un monopole de plus pour ceux qui concentrent les biens, les pouvoirs et les ressources du monde.
De nombreux gouvernements continuent d'offrir un relativisme culturel comme l'unique source de validité morale avant le principe de l'universalité. En dépit de l'existence des principes et des critères et de la légitimité morale et politique du droit internationale, les femmes continuent d'être les victimes de multiples violations qui les empêchent, au nom de la culture, des coutumes traditionnelles ou des extrémismes religieux, de jouir pleinement de leurs droits humains et de leurs libertés.
Une prise de position intéressante est celle des activistes comme Ayesha Imam du Nigeria qui déclarent que le concept des droits humains n'exclue ni le droit international ni n'est la propriété des organisations internationales des droits humains. Selon elle, les droits humains peuvent être également trouvés dans l'Islam, les droits coutumiers et séculiers. Par conséquent elle ne le considère pas nécessaire de toujours se référer aux instruments internationaux lorsqu'il s'agit des droits humains, parce qu'elle peut les trouver dans les discours religieux et séculières. Cependant, il semble que lorsqu'il y a un petit espace pour la validité universelle des critères des droits humains, ceci pourrait avoir des conséquences profondes pour des droits des femmes. C'est parce que beaucoup de cultures ont de pratiques religieuses réduisent le statut (la situation) social, économique et politique des femmes, perpétuant ainsi leur subordination.
Uché U. Ewelukwa, en réponse aux interprétations progressistes que les féministes ont faites de la Sharia au Nigeria (exemple, dans l'affaire Amina Lawal), pense que celles-ci devraient reconnaître que la Sharia viole les critères constitutionnels et les principes internationaux des droits humains. Elle croit que la structure des droits humains est un instrument qui pourrait être utilisé par des groupes locaux parce qu'elle offre une base juridique et une légitimité morale pour faire pression sur les gouvernements qui ont publiquement pris des engagements devant la communauté internationale. En outre, à la différence de la structure de la Sharia, les droits humains permettent des jugements moraux transculturels, transnationaux et transreligieux dans des situations où la vie est sérieusement menacée. Les caractéristiques que Uché attribue à la structure pourraient servir comme guide pour enrichir la culture des droits humains en respectant les différences entre les pays, les groupes sociaux et les personnes.
6) La structure des droits humains a été également renforcée par l'incorporation d'un nouveau langage dans les documents des Nations Unies. Cela implique les diverses formes de violence sexospécifique à l'égard des femmes et bien d'autres termes jusque là inconnus ou non traduits en d'autres langues, offrant un vocabulaire féministe qui est plus inclusif sur le plan du discours des droits.
La perspective sexospécifique, par exemple, est un concept clé qui s'est répandu dans les documents du système des Nations Unies. Il y a, cependant, une tendance réductionniste relative à la portée de cette perspective, ainsi que de nombreuses distorsions. Le contenu féministe philosophique et politico-théorique de la perspective sexospécifique, selon Marcela Lagarde, a été déformé par des utilisations techniques et, fréquemment dû à l'obligation institutionnelle ; les femmes et les hommes s'y sont familiarisés d'une manière superficielle et atténuée.
Certains organismes des droits humains à l'intérieur du système des Nations Unies, qui n'avaient pas fait du genre un courant dominant, ont tenté de céder leurs responsabilités à d'autres institutions en se spécialisant en droits des femmes parce qu'ils considèrent que ceux-ci sont moins importants et, après tout, les femmes ont des droits « particuliers ». Ces institutions « spécialisées » ont moins de ressources que les autres. La même logique pourrait être appliquée aux gouvernements qui confient les « questions féminines » aux ministères créés à cet effet et qui manquent également de budget.
L'on pourrait écrire un livre entier sur les effets que la structure des droits humains a eus sur le mouvement des femmes. Elle a facilité les opportunités de travailler conjointement pour la promotion des actions politiques communes, d'apprendre à résoudre les différences, de s'accorder sur les objectifs communs, d'instruire les gouvernements et le grand public, de mobiliser et sensibiliser, en utilisant les nouvelles technologies pour entretenir les réseaux créés, documenter les affaires, allant de l'indivisibilité à la problématisation de la violence et instiguer la demande des mécanismes concrètes de responsabilisation – pour ne citer que quelques uns – le capital politique du mouvement féministe fait partie de cet ensemble.
La question de la violence à l'égard des femmes est encore marquée par deux importants aspects : le thème de l'impunité et la mise en œuvre des mécanisme des droits humains. Le second devrait, enfin de compte, faire partie d'une nouvelle vision qui incorpore, dans le cadre de la structure des droits humains, les liens entre les enjeux et les institutions travaillant pour la paix, la justice économique et la sécurité.
La statut des femmes de toutes les régions et les diverses violations de leurs droits humains, qui étaient auparavant occultées et réduites du silence, ont toutes fait surface, relevant les mouvements locaux à un mouvement féminin mondial qui continue de croître. Il est temps de clore le cycle de la victimisation et de la violence, et ouvrir celui de l'autonomisation. Nous devons encourager les femmes à se reconnaître comme sujets de droits, qui ont la capacité d'affronter un système judiciaire qui est hautement sexiste, raciste, classiciste et homophobe.
L'expérience du mouvement des femmes démontre non seulement les possibilités de sa communauté mais aussi les limites d'une stratégie politique centrée sur ces droits. Les revendications de ces droits ne sont pas la réponse au changement social ; en même temps la structure des droits humains ne peut pas être abandonnée, puisqu'elle constitue un instrument de plus dans la lutte contre le patriarcat si elle est utilisée de façon créative. C'est par la structure des droits humains que les femmes peuvent articuler des mondes sociaux et politiques nouveaux et différents. Cela est possible si nous analysons et utilisons les droits dans le cadre d'autres relations qui se produisent dans nos sociétés et à condition que nous sachions comment identifier les conditions qui nous permettent de multiplier les forces de la structure des droits humains.
La structure des droits humains est un aspect de la vie quotidienne des femmes, une dimension de leurs relations sociales et leurs multiples identités. Les droits humains ont des significations qui lient les femmes les unes aux autres et pourraient, en même temps, les opprimer ou les autonomiser. En fondant la culture des droits humains sur l'éthique du respect, de l'interdépendance, des relations humaines égalitaires pourraient être une solution dans la déconstruction des mécanismes qui menacent de mettre fin à notre planète.
Ressources Additionnelles
- Au moins 60 millions de filles que, l'on espèrerait, jusqu'à preuve du contraire, voir en vie, " manquent à l'appel " dans différentes populations, pour la plupart en Asie, du fait résultant des avortements sexoselectifs, de l'infanticide ou de négligence (UN Study on The Status of Women, Year 2000)
- Globalement, au moins une sur trois femmes et filles ont été au cours de leur vie, battues, forcées à avoir un rapport sexuel sinon soumise à de mauvais traitements par un membre de sa famille ; pour la majorité des femmes l'abus est répété au cours des mois ou des années. (Women in the World Atlas, 2003).
- Dans une récente étude faite par le Kenyan Women Rights Awareness Program, 70% des hommes et des femmes interviewés disaient connaître des voisins qui battaient leurs femmes. Environ 60% disaient que les femmes étaient responsables pour le fait d'être battues. Précisément 51% que les hommes devraient être punis. (The New York Times, 10/31/97).
- Quatre millions de femmes et de filles sont trafiquées annuellement. (Nations Unies).
- Un nombre estimé à un million d'enfants, des filles pour la plupart, est l'objet du commerce sexuel chaque année. (UNICEF)
- Au Bangladesh, 47% de femmes adultes affirment être victimes d'agression physique de la part d'un partenaire mâle. (UNFPA)
- Dans une étude impliquant 475 prostituées de cinq pays (Afrique du Sud, Thaïlande, Turquie, États-Unis et Zambie) :
- 62% rapportent avoir été violées dans la prostitution
- 73% rapportent avoir subi une agression physique dans la prostitution.
- 92% ont déclaré qu'elles voulaient immédiatement échapper à la prostitution. (Melissa Farley, Ysin Baral, Merab Kiremire, Ufuk Sezgin, " Prostitution in Five Countries : Violence and Posttraumatic Stress Disorder ". 1998, Feminism & Psychologie 8(4): 405 - 426) - Au Pakistan, 80% de femmes disait qu'elles ont subi un mauvais traitement physique de la part d'un intime mâle (Women in the World Atlas, 2003).
- les soi-disant " meurtre d'honneur ôtent la vie à des milliers de jeunes femmes chaque année, notamment en Afrique du Nord, en Asie Occidentale et autres parties du sud Asiatique. En 1999, plus de 1000 femmes ont été les victimes de crimes d'honneur. (UNFPA).
- En Afrique du Sud, il est estimé qu'une femme est violée toutes les 83 secondes : seulement 20 de ces cas sont signalés à la police. (Vetten : 1996, Tribune : 1991).
- Plus de 90 millions de femmes et de filles africaines sont victimes de circoncision ou d'autres formes de mutilation génitale. (Heise : 1994).
- En Ouganda, le taux d'infection au VIH est six fois plus élevé parmi les jeunes fils que les garçons, avec une différence dans les taux qui commencent même à neuf ans et en atteignant un sommet entre les âges de 12 et 19 ans. C'est dû au fait que les hommes plus âgés, convaincus que les jeunes filles ne peuvent être infectées par le VIH, vont les voir pour les exploiter sexuellement. (Uganda Ministry of Health).
- Les données canadiennes sur les crimes élucidés indiquent que 52% de toutes les femmes victimes d'homicide en 2001 étaient tuées par quelqu'un avec lequel elles avaient une relation intime à un moment donné, soit pendant le mariage ou leur sortie ensemble - par comparaison aux 8% des victimes mâles. (Canadian Centre for Justice Statistics, Statistics Canada).
- Au Brésil, 72% des femmes assassinées l'étaient par un parent ou un ami. (Women in the World Atlas, 2003).
- Au Zimbabwe, la violence domestique compte pour plus de 60% des cas de meurtre qui passent par la haute cour à Harare. (Zimbabwe Women's Resources Centre and Network - ZWRCN_
- Une étude de 1998 à Zaria, Nigeria, a révélé que 16% des patientes en quête de traitement pour des infections sexuellement transmises étaient des enfants en dessous de 5 ans. (UNFPA).
- Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, entre 12% et 25% des femmes dans le monde ont subi la violence sexuelle à un moment au cours de leur vie.
- Les lois dans de nombreux pays, tels que l'Inde, la Papouasie Nouvelle Guinée et la Malaisie, contiennent des exceptions explicites quant au viol marital. Les lois dans les pays comme l'Uruguay et l'Ethiopie autorisent les violeurs à épouser leurs victimes dans le but d'éviter la sanction.
- Dans des situations de conflits armés et de guerre civil, une utilisation croissante du viol comme arme de guerre a été observée dans approximativement 100 pays.
- Dans certains pays, des femmes et des filles sont attaquées à l'acide comme une conséquence des disputes familiales suite à un rejet des relations sexuelles ou de mariage. Un nombre croissant de brûlures à l'acide a été signalé au Bangladesh, au Nigeria et au Cambodge. Les survivantes sont définitivement défigurées et/ou aveugles.
- L'Organisation mondiale de la santé estime que la violence est la cause principale du décès des femmes de 15 et 44 ans, plus que le cancer, les accidents de la circulation et la malaria réunis.
- Convention Interaméricaine sur la Prévention, la Sanction et l'Eradication de la Violence à l'égard des Femmes (" Convention of Belém do Para ")
- Déclaration de Beijing
- Déclaration sur l'Elimination de Toutes les Formes de Discriminations à l'Egard des Femmes (CEDAW)
- Déclaration sur la Protection des Femmes et des Enfants en cas d'Urgence et de Conflit Armée.
- Documents des Nations Unies sur la Violence à l'égard des femmes
- Documents des Nations Unies sur les Filles
- Rapport de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement
- Les Droits humains des Femmes - Un Guide de Référence des Documents Officiels des Nations Unies
- Autres Traités (en Espagnol)
- Protocole Optionnel à la Convention sur l'Elimination de Toutes les Formes de Discrimination à l'égard des Femmes
- Rapporteur Spécial sur la Violence à l'égard des Femmes, ses Causes et ses Conséquences
- Rapporteur Spécial sur les Exécutions Extrajudiciaires, Sommaires et Arbitraires.
Alpízar, Lydia, "Impunity and Women's Rights in Ciudad Juarez," Human Rights Dialogue, Violence against Women, Series 2, Number 10 (Fall 2003).
http://www.carnegiecouncil.org/viewMedia.php/prmID/1056
http://www.vday.org/contents/action/juarez
Amnesty International, "Mexico: Intolerable Killings. Ten years of Abductions and Murders in Ciudad Juarez and Chihuahua" (2003).
http://www.amnestyusa.org/spanish/mujeres/juarez/summary.html
Bunch, Charlotte, "From Ciudad Juarez to the World," Human Rights Dialogue: Violence against Women, Series 2, Number 10 (Fall 2003).
http://www.carnegiecouncil.org/viewMedia.php/prmID/1057
http://www.vday.org/contents/action/juarez
Cuthbert Carrie, Kim Y. Slote, Jay G. Silverman, Monica Ghosh Driggers, Lundy Bancroft, and Cynthia J. Mesh, "Battered Mothers vs. U.S. Family Courts," Human Rights Dialogue, Violence against Women, Series 2, Number 10 (Fall 2003).
http://www.cceia.org/media/1061_hrd2-10.pdf
Dauer, Sheila, "Indivisible o invisible. Los derechos humanos de las mujeres en las esferas pública y privada", artículo tomado de: Margoire Agsin (ed). Women, Gender, and Human Rights. A Global Perspective. Rutgers University.
http://www.laneta.apc.org/cgi-bin/WebX?230@@.ee6f030
Ewelukwa, Uché U., "Small Victories, but the War Rages On," Human Rights Dialogue, Violence against Women, Series 2, Number 10 (Fall 2003).
http://www.cceia.org/media/1061_hrd2-10.pdf
Facts about violence
http://www.feminist.com/antiviolence/facts.html
Gender and Women's Health (GWH)
http://www.who.int/gender/violence/en/
Human Rights Dialogue, Violence against Women, Series 2, Number 10 (Fall 2003).
http://www.cceia.org/media/1061_hrd2-10.pdf
Human Rights Dialogue, "Working within Nigeria's Sharia Courts," An Interview with Ayesha Imam, Violence against Women, Series 2, Number 10 (Fall 2003).
http://www.cceia.org/media/1061_hrd2-10.pdf
IIDH, "Diversidad en Beijing. Una experiencia de participación", San José, IIDH, 1996.
Inter-American Commission on Human Rights, Case 12.051, Maria da Penha Maia Fernandes, Report No. 54/01, April 16, 2001.
http://www.cidh.org/women/brazil12.051.htm
Inter-American Commission on Human Rights, "The Situation of the Rights of Women in Ciudad Juarez, Mexico: The Right to be Free from Violence and Discrimination" (2002).
http://www.cidh.org/annualrep/2002eng/chap.vi.juarez.htm
Inter-American Commission on Human Rights, Velasquez Rodriguez v. Honduras, No. 4, Resolution of July 29, 1988.
International Planned Parenthood Federation, "The Facts about Gender-Based Violence", 1998. Available at http://www.ippf.org/resource/
Lagarde, Marcela, "Género y feminismo. Desarrollo humano y democracia", Editorial horas y HORAS, Madrid, 1996.
México: Marcha sobre Ciudad Juárez
http://www.losverdesdeandalucia.org/noticia.php?id=6285
Google News media watch in the Ciudad Juarez case.
http://www.codas.com.mx/pornuestrashijas/
Munala, June, "Combating FGM in Kenya's Refugee Camps", Human Rights Dialogue, Violence against Women, Series 2, Number 10 (Fall 2003).
http://www.cceia.org/media/1061_hrd2-10.pdf
Obando M., Ana Elena y María Suárez Toro, "Logros de los movimientos de mujeres por los derechos de las humanas en el siglo 20".
http://www.reddesalud.org/espanol/sitio/028.htm
Obando M., Ana Elena, "Feminismo(s) y derecho(s)", speech delivered at the "Sexual and Reproductive Rights in Action" seminar, Profamilia, September 12-16, 2001, Colombia.
Obando M., Ana Elena, "Legislating Equality from Difference: A sexual Harassment Draft Bill for Costa Rica", Thesis for Masters Degree, Arizona State University, May 1994.
Spotlight: Speaking Out against Global Violence
http://www.feminist.com/violence/spot/
Elle a été une activiste, auteure et organisatrice dans les mouvements des femmes et des droits humains pendant plus de 30 ans (Février 2004)

