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Le mariage et ses significations

Par Donna J. Sullivan, WHRnet

"La religion en Amérique prend aucune part directe dans le gouvernement de la société mais elle doit être considérée comme la première de leurs institutions politiques."
Alexis de Tocqueville, 1831

"Notre nation doit défendre le caractère sacré du mariage."
Le Président des Etats-Unis George W. Bush, 2004


Les guerres du mariage aux États-Unis

En janvier 2004, le Président des Etats-Unis George W. Bush annonçait qu'il voudrait renforcer les programmes pour promouvoir le mariage, particulièrement parmi les couples à faible revenu, en augmentant le financement des programmes pro-mariage de 6 millions en 2003 à 1.5 milliard sur les 5 prochaines années. L'annonce était largement perçue comme une mesure ferme en réponse aux appels des groupes conservateurs chrétiens en faveur d'un amendement interdisant le mariage homosexuel, suite à une décision en novembre de la haute cour du Massachusetts qui soutient le droit des couples lesbiens et homosexuels de se marier en vertu de la constitution de cet État.

Dans son discours sur l'état de l'Union de janvier, Bush a également affirmé que certains juges " ont commencé à redéfinir le mariage par décision judiciaire, sans considération de la volonté du peuple et ses représentants élus....Si les juges persistent à imposer leur volonté arbitraire sur le peuple, la seule alternative qui reste au peuple serait le processus constitutionnel. Notre nation doit défendre le caractère sacré du mariage. "1 L'initiative pour la promotion du mariage de Bush était clairement liée aux revendications de la droite religieuse pour " protéger " l'institution du mariage traditionnel contre l'érosion par le mariage homosexuel. Mais elle offre également un véhicule pour drainer les fonds public vers les conservateurs, principalement religieux, les organisations et pour étendre leur influence sur l'action politique du gouvernement, de même que sur la communauté des affaires locales.

Dans les jours qui ont suivi les commentaires de Bush, la Cour suprême du Massachusetts a clarifié son opinion initiale et soutenue que les unions civiles ne sont pas une alternative acceptable aux mariages à part entière. La Cour a fait remarquer que la constitution de l'état n'encouragerait pas les solutions du genre " séparés mais égaux " pour revendiquer l'égalité. Bush a aussitôt condamné l'opinion comme l'appropriation des processus de la prise de décision politique par des juges activistes.

Au niveau fédéral, la législation adoptée en 1996 durant l'Administration Clinton interdit la reconnaissance fédérale des mariages homosexuels. Intitulée the Defense of Mariage Act, la législation dispense également les états de l'obligation de reconnaître les mariages homosexuels célébré dans d'autres états où ils pourraient être légaux. Le 24 février, Bush demandait un amendement de la Constitution fédérale qui interdirait les mariages homosexuels, affirmant qu'une magistrature " activiste " et des fonctionnaires municipaux rebelles n'avaient laissé aucune alternative. Les observateurs juridiques et les activistes des droits humains sont d'avis que le processus de l'amendement, conçu pour être un des plus difficiles, se heurte à d'importants obstacles politiques. Un amendement devrait être tout d'abord voté dans les deux chambres du Congrès par une majorité des deux tiers et ensuite par les trois-quarts des législatures étatiques (38 des 50 états). Le projet d'amendement de l'actuel Congrès interdirait le mariage homosexuel mais permettrait aux états de reconnaître les unions civiles homosexuelles. Les républicains semblent loin d'atteindre la majorité des deux tiers requise pour l'approbation du Congrès. Selon les sondages d'opinion, alors que l'opposition au mariage homosexuel est répandue (à plus de 50% des enquêtes dans tous les sondages), l'opinion sur un amendement constitutionnel est également divisée, reflétant une réticence à garantir une situation basée sur la discrimination dans la constitution fédérale.

Dans ce débat, les rôles traditionnels du genre dans la famille, l'institutionnalisation du privilège hétérosexuel par le gouvernement, et le rôle de la religion dans la vie publique aux États-Unis sont contestés. Pour les socio-conservateurs et la droite religieuse, contester la signification du mariage est à la fois un choix stratégique pour redéfinir la politique économique et sociale et la fonction de la religion dans les institutions publiques, et un effort pour faire adopter les croyances religieuses spécifiques par la société des Etats-Unis dans son ensemble. Pour le mouvement dominant des lesbiennes et des homosexuels, contester la signification du mariage est à la fois un choix stratégique pour protéger les droits civils et un effort pour s'engager en faveur d'une identité normative, culturelle, politique et juridique dans la société des États-Unis.

La bataille sur le mariage entre même sexe et le programme de Bush pour la promotion du mariage représentent les déploiements stratégiques du mariage comme une institution et une construction idéologique. Mais les guerres du mariage résultent des courants les plus profonds du changement dans le rôle de la religion dans la politique officielle des Etats-Unis et la privatisation des services publics, de même que les reconfiguration en cours des rôles du genre. En outre, les significations du mariage sont en train d'évoluer dans certaines communautés religieuses, suite à ceci, les couples homosexuels ont cherché et ont réussi à réaliser selon divers degrés la reconnaissance de leurs relations dévouées comme étant des unions spirituellement valables.

Bush et ses alliés à l'œuvre: promouvoir le mariage, la privatisation des services publiques et les " partenariats " sectaires avec le gouvernement

L'Administration Bush a lancé les programmes pour la promotion du mariage comme un moyen de rétablir le mariage sexospécifique traditionnel à sa place centrale dans un ordre social et politique idéalisé dans lequel un modèle du mariage spécifiquement chrétien sert d'incubateur de la moralité publique et des valeurs citoyennes. Comme l'historienne féministe Nancy Cott l'a documenté, " une forme particulière du mariage - la monogamie sur un modèle chrétien, avec le mari comme le principal pourvoyeur - a été incorporé et soutenu dans la structure politique nationale aux États-Unis. "2 Dans ce contexte le droit de ne pas se marier apparaît comme un aspect indispensable du droit de se marier.

Mais les programmes pour la promotion du mariage avancent également les objectifs de la privatisation du gouvernement et détournent l'attention de l'échec du gouvernement à créer des emplois et fournir des services sociaux, et la concentre sur la responsabilité des couples à l'intérieur des mariages traditionnels en vue de satisfaire leurs propres besoins économiques et de bien-être social. Les programmes pour la promotion du mariage cherchent à rétablir l'ancienne armature économique du mariage, avec le mari comme un pourvoyeur indépendant et la femme comme une travailleuse et source de reproduction pour le ménage - servant et s'occupant des intérêts de son mari et des enfants dépendants ou des autres membres de la famille.

Comme l'observe Duggan:

Les ménages de couples mariés " allègeraient " l'état de la dépense visant à aider l'assistance aux ménages monoparentaux, et du coût d'une vaste gamme de services sociaux, de la garde des enfants, aux services des invalides et à la maison de retraite. Le mariage devient ainsi un système de privatisation : les ménages dirigés par un couple d'individus mariés donnent aux femmes et aux enfants accès aux salaires les plus élevés des hommes, et fournissent également en " privé " beaucoup de services jadis proposés par les agences de sécurité sociale.3

L'introduction des programmes pour la promotion du mariage et l'abstinence uniquement sont, en partie, le résultat des efforts ciblés par des fondations conservatrices, qui ont conceptualisé et financé la présentation publique des vues de l'aile droite sur le mariage au cours des 10 dernières années. En dédiant ces ressources à la promotion des vues néo conservatrices dans le milieu universitaire dominant, les groupes de réflexion, et les médias - et à la prolifération et la croissance des groupes de réflexion conservateurs - ces bailleurs ont produit un flot de rapports, d'articles, de livres, d'interviews radio télévisées, des présentations d'exposés et des reportages dans la presse qui exposent les analyses politiques en faveur de vues chrétiennes conservatrices sur la sexualité et le mariage.4

L'indépendance du pouvoir judiciaire remise en cause

La Constitution des États-Unis établit la séparation formelle de l'église et de l'État. Elle est souvent citée comme le modèle de structure pour un état laïc qui permet mais n'y participe ou ne privilégie pas l'expression de la croyance religieuse. Cette limite entre l'autorité religieuse et l'État s'est révélée perméable, cependant. En pratique, les relations entre les institutions religieuses et l'autorité de l'état, et le niveau de l'influence religieuse sur la politique officielle aux États-Unis dépendent de la volonté du pouvoir judiciaire à restreindre l'action spécifique du gouvernement qui promeut la religion ou enfreint l'expression des croyances religieuses de la minorité.

Les tribunaux ont exercé une rigueur à des degrés variables pour prévenir contre la promotion de la religion par le gouvernement. La loi est à présent un patchwork caractérisé par des critères peu précis, notamment en ce qui concerne la réglementation par l'état des institutions religieuses et dans la mesure où elles sont sujettes aux mêmes exigences que les organisations laïques. Par exemple, les dispositions de " charitable choice " dans la loi de l'état et la loi fédérale ont été interprétées de façon à permettre aux hôpitaux catholiques financés par le gouvernement de refuser les services qu'ils désapprouvent - services de contraception ou d'avortement - même là où ils sont les seuls hôpitaux dans la zone au service des citoyens à faible revenu, et où la vie ou la santé d'une femme enceinte est en danger. Les vues basées sur la religion ont figuré dans une gamme de décisions qui restreignent les droits relatifs à la sexualité, y compris la décision de la Cour suprême des États-Unis de 1986 soutenant la criminalisation du rapport sexuel consensuel en privé, entre deux personnes adultes homosexuels.5 Et historiquement les tribunaux ont, pour la plupart, réservé de la protection contre l'interférence du gouvernement par des pratiques religieuses au Christianisme, la religion dominante.

Néanmoins, le pouvoir judiciaire reste le défenseur le plus fiable de la séparation entre l'autorité séculière et l'autorité religieuse aux États-Unis, dans le climat actuel du soutien public en faveur de l'influence religieuse directe dans la politique officielle. Dans un camouflet à l'Administration Bush, la Cour suprême des États-Unis a récemment décidé que les états pourraient de leur propre chef, octroyer une bourse scolaire aux étudiants en théologie qui se destinent au pastorat. La Cour a rejeté la demande de l'Administration Bush selon laquelle ne pas pouvoir financer les activités religieuses constitue une discrimination religieuse, une prétention qui est un élément essentiel de l'effort de l'Administration d'accroître le rôle des organisations religieuses en tant que " partenaires " du gouvernement. (Les observateurs juridiques ont indiqué que la Constitution de l'État de Californie a fourni le fondement de la décision et en vertu de la Constitution Fédérale, les bourses universitaires financées par le gouvernement peuvent servir aux études de pastorat). Dans une autre décision récente, la Cour suprême de l'État de Californie estimait que les Catholic Charities, une branche officielle de l'Église catholique, ne peut refuser une couverture d'assurance médicale pour le contrôle de naissance sous le " drug benefits plan " qu'elle offre aux employés en dépit de ses objections religieuses à la contraception.6

En juillet 2003, la Cour suprême des États-Unis a inverti sa précédente décision sur les lois relatives à la sodomie : dans Lawrence c. Texas elle a estimé que les lois criminalisant l'intimité sexuelle consensuelle par des couples homosexuels, mais pas un comportement similaire par des couples de sexe différent, violent le droit à l'intimité. La Cour a rejeté l'argument selon lequel de telles lois peuvent être justifiées comme l'expression des vues sincèrement religieuses, concluant que ceux qui soutiennent de telles croyances pourraient ne pas " utiliser le pouvoir de l'État pour imposer ces vues à l'ensemble de la société par l'application du droit pénal. " Et la décision de la Cour suprême du Massachusetts reconnaissant le mariage homosexuel comme un droit à l'égale protection a des antécédents : en 2000 la Cour suprême du Vermont demandait à l'État de " faire bénéficier aux couples homosexuels des avantages et protections communs qui découlent du mariage selon la loi de l'état du Vermont. "7 et en 1993 la Cour suprême de Hawaii estimait que l'interdiction du mariage homosexuel parait être inconstitutionnelle.8

Bush a décrit la décision du Massachusetts comme le maraudage des juges malhonnêtes, évoquant un cri de ralliement conservateur déjà connu contre les tribunaux comme des usurpateurs du processus démocratique. Les attaques semblables ont été lancées contre le pouvoir judiciaire pour avoir soutenu les droits génésiques. Dans les années 1950, 60 et 70, la même attaque avait été portée à l'encontre des tribunaux fédéraux des États-Unis pour avoir aboli les dispositifs de la ségrégation raciale. Bush et la droite religieuse ont cherché à reformuler la question du mariage homosexuel comme une question de processus démocratique, affirmant que les tribunaux ont outrepassé la volonté du peuple.9

En remettant en cause la légitimité de l'autorité judiciaire de décider quels droits sont protégés par la constitution fédérale et celles des états, l'Administration Bush espère détourner l'attention de la réalité de ce changement social. Les attaques sur le pouvoir judiciaire viennent également à empêcher des débats basés sur les droits de la personne de s'enraciner dans la conscience publique. Le ton apocalyptique de ces attaques reflète le désir d'imposer récit religieux dans lequel les processus du changement social sont une guerre entre le Bien et le Mal : Sandy Rios, présidente du groupe néo conservateur Concerned Women for America, disait " s'il est permis au tribunal de s'en aller impunément avec ces décisions, c'est le début de l'effondrement de notre démocratie. "10

Bien que ces attaques reflètent les évaluations stratégiques que l'opinion publique peut être mobilisée par méfiance vis-à-vis du pouvoir judiciaire, elles représentent un défi fondamental aux droits humains et aux institutions démocratiques. Une fonction primordiale des tribunaux est de soutenir les droits humains même en face d'une vaste opposition publique. Comme la Cour suprême du Massachusetts l'a déclaré : qu' " il puisse subsister un résidu de préjudice personnel à l'égard des couples homosexuels est une affaire beaucoup trop connue aux autres groupes désavantagés." Elle insiste en sus " qu'un tel préjudice existe, il n'y aucune raison d'insister sur le peu que la constitution exige. "11 Lorsque la Cour suprême des États-Unis abolissait toutes les lois interdisant les mariages interraciaux en 1967, 16 états prohibaient le mariage interracial.12 La désapprobation des relations interraciales était longtemps justifiée comme une ordonné par Dieu et en 1968 les sondages d'opinion indiquaient que 72% des Américains désapprouvaient des mariages interraciaux. Un autre sondage en 1991 révélait que 42% des Américains continuent de désapprouver de tels mariages.

Les attaques sur les tribunaux pour le soutien des droits des non majoritaires sont l'un des nombreux assauts en cours sur l'indépendance du pouvoir judiciaire. L'intégrité de la procédure judiciaire est gravement menacée par les changements radicaux institués par des mesures législatives et administratives après le 11 septembre. Les tribunaux des États-Unis ont historiquement eu tendance à s'en remettre aux revendications formulées par le gouvernement suite aux analyses sécuritaires nationales pour refuser les droits humains. A telle enseigne que les tribunaux cèderont leur responsabilité institutionnelle de soutenir l'application de la loi devant le monstre de la sécurité nationale décidera dans plusieurs affaires en cours relatives à la soi-disant " guerre sur la terreur. "

Alors que l'Administration Bush tente de délimiter le rôle de la religion dans un système juridique irakien reconfiguré, la réalité intérieure diverge de plus en plus de la vision constitutionnelle d'un état qui n'attribue pas les droits sur la base des vues religieuses. Les efforts pour miner le rôle institutionnel des tribunaux et l'expansion de l'influence religieuse dans la politique officielle des Etats-Unis mettent en évidence la leçon apprise par les femmes dans les contextes d'un pays tiers - la lutte pour l'application de la loi est un processus ouvert.

Les multiples significations du mariage

Lorsque Bush annonçait son soutien à l'amendement constitutionnel interdisant le mariage homosexuel, il qualifiait le mariage comme " l'institution la plus fondamentale de la civilisation " et affirmait que " l'union entre un homme et une femme est l'institution humaine la plus stable, la plus honorée et la plus encouragée dans toutes les cultures et par toutes les fois religieuses. "13 Le champion des valeurs " familiales conservatrices " Gary Bauer déclarait : " toute culture dans le monde, toute civilisation dans le monde depuis 300 ans, a définit le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme. " Ces commentaires non historiques et culturellement à courte vue sont un exemple du déploiement du mariage - et des revendications concernant sa signification - comme un véhicule des objectifs politiques chrétiens conservateurs.

En fait, comme Nancy Cott l'explique : " ce que nous (aux États-Unis) croyons être la forme " traditionnelle " du mariage n'avait pas pris forme au début de l'ère chrétienne, mais plutôt entre le 16è et le 18è siècle. Ce n'était alors que le mariage qui dériva des hypothèses chrétiennes à propos de la monogamie basée sur le consentement et la fidélité, mais autorisée et contrôlée par les autorités civiles au lieu de l'église, devint la norme. "14 La doctrine chrétienne dans laquelle la loi du mariage aux États-Unis a pris racine estimait que le mariage doit être exclusif et permanent, et cherchait à limiter les expressions du désir sexuel aux relations conjugales. L'historien James Brundage a conclu que ;''virtuellement toutes les restrictions qui s'appliquent maintenant au comportement sexuel dans les sociétés occidentales proviennent des convictions morales inscrites dans la jurisprudence canonique médiévale de l'Eglise catholique.15 Les croyances chrétiennes relatives au mariage étaient incarnées dans le droit coutumier anglais, à partir duquel elles furent transposées dans les systèmes juridiques des États-Unis.

La doctrine chrétienne sur le mariage et la sexualité était gravée dans le droit des États-Unis en dépit du mandat constitutionnel de séparer l'église de l'état. La garantie constitutionnelle de la liberté religieuse n'a pas réussi de la même manière à protéger contre l'imposition des croyances chrétiennes relatives au mariage sur d'autres traditions religieuses. Les États-Unis ont obligé les Indiens d'Amérique à abandonner leurs traditions de multiple mariage et exigé des mormons de l'Utah d'abolir la polygamie comme une condition d'admission à l'union fédérale. Au 19è siècle, les missionnaires des États-Unis travaillant à l'étranger, cherchaient à remplacer les pratiques matrimoniales qui existaient par la monogamie chrétienne.

Les observations de Bush sur le pedigree du mariage traditionnel peuvent représenter une tentative de rallier les socio conservateurs des autres traditions religieuses contre le mariage homosexuel, mais sa vision en est une culturellement spécifique. La croissante diversité religieuse aux États-Unis pose un défi aux chrétiens conservateurs qui cherchent à promouvoir leurs croyances à travers la politique officielle. Les alliances tactiques sur des questions particulières comme le mariage homosexuel peuvent être possibles. Mais un grand nombre de chrétiens conservateurs demande aux législateurs et aux politiques d'affirmer que les États-Unis sont une nation chrétienne. La réalité de ces tendances théocratiques, et le haut niveau d'hostilité et de racisme à l'égard des Musulmans notamment, peut limiter le succès des efforts pour créer des alliances parmi les conservateurs dans les différentes traditions religieuses.

Les valeurs religieuses sur lesquelles sont basées les lois matrimoniales aux États-Unis coexistent avec les principes laïcistes. Le droit des États-Unis a adopté la vision anglaise, spécifiquement chrétienne protestante du mariage comme une matière civile plutôt qu'un sacrement. Le mariage est une institution publique historiquement réglementée par des fonctionnaires de l'état. Le mariage civil créé des protections sur la base du statut, des avantages et des obligations à travers un large éventail, comprenant les droits économiques, familiaux, de propriété et de l'immigration. Il reste distinct du mariage religieux, bien que les célébrations laïques et religieuses se chevauchent en pratique. L'État reconnaît la validité civile des mariages célébrés par des autorités religieuses, tant que ces célébrations sont conformes aux conditions par la loi (tels que l'âge minimum et la consanguinité). Les règles du mariage civil et du mariage religieux divergent, cependant. Les conditions religieuses peuvent être plus restrictives que celle de l'état - refusant les mariages interconfessionnels ou les remariages après divorce, par exemple - et certaines sont plus permissives - reconnaissant les unions homosexuelles.

Les activistes pro mariage dans la communauté lesbienne et homosexuelle ont souligné les conséquences du mariage sur les droits civils. L'organisation de défense Freedom to Marry, par exemple, se réfère au mariage comme " l'accès juridique aux protections, aux responsabilités, aux avantages dont la plupart ne peuvent d'aucune autre manière être reproduits " et fait remarquer que l'exclusion du mariage renforce " le statut juridique et culturel de seconde classe " des lesbiennes et des homosexuels mâles.16 Les arguments juridiques pour le mariage homosexuel définissent l'exclusion comme la discrimination basée sur le statut semblable à la criminalisation du mariage interracial opposé aux garanties égalitaires.

Les défenseurs relient habituellement de telles revendications égalitaires au modèle assimilationniste, dans lequel les couples homosexuels peuvent être absorbés dans les structures familiales normatives. Le message est " les lesbiennes et les homosexuels mâles ne sont pas et ne veulent pas du tout être, différents. " Les organisations qui sont actives dans la campagne pro mariage, comme Freedom to Marry, Lamda Legal Defense, Human Rights Campaign, et des partisans individuels se font l'écho de ce thème. Comme le Révérend Dr. Troy D. Perry, fondateur de Metropolitan Community Churches, l'expliquait : " de toute façon, mon partenaire Phillip et moi ne sommes pas différents des couples hétérosexuels dans notre quartier. Nous travaillons. Nous payons nos impôts. Nous participons aux organisations civiques. Nous allons à l'église le dimanche. Nous avons prouvé notre amour et notre engagement pendant plus de deux décennies - beaucoup plus longtemps que certains mariages hétérosexuels n'ont survécu. "17

Soutenir la campagne en faveur du mariage est loin d'être universel dans les communautés LGBT. Les critiques constatent que le mariage homosexuel se renforce plutôt qu'il ne modifie les normes hétérosexuelles. Selon Judith Butler, " un grand nombre d'homosexuels sont mal à l'aise avec tout ceci, parce qu'ils ont l'impression que le sens d'un mouvement alternatif est en train de disparaître. La politique sexuelle était censée trouver des alternatives au mariage. "18 Face à une opposition venimeuse au mariage homosexuel, un grand nombre d'activistes LGBT se sentent contraints de soutenir le dynamisme en faveur du mariage homosexuel comme un droit civil essentiel. Un débat très important à propos des modèles alternatifs de la reconnaissance par l'état des multiples formes du partenariat et de la famille est essentiellement limité aux universitaires féministes, aux cercles politiques et aux intellectuels publics gauchistes et progressistes.

L'augmentation de la tolérance publique des lesbiennes et des homosexuels mâles dont les identités ressemblent beaucoup aux normes hétérosexuelles peut avoir encouragé le mouvement pro mariage, puisqu'elle améliore les chances de succès d'un objectif qui était clairement inaccessible il y a dix ans. Mais en dehors de l'opportunité politique et des avantages consécutifs au mariage, quelles autres motivations sont en jeu dans le mouvement actuel en faveur du mariage homosexuel ? Après tout, le mariage a plusieurs significations, au niveau de l'expérience personnelle de même que dans ses dimensions sociales, religieuses, économiques et politiques. De nombreux activistes et des couples homosexuels qui s'étaient mariés à San Francisco et ailleurs ont souligné la signification du mariage comme une expression d'amour et d'engagement. Hartog soulève la possibilité que les changements juridiques qui ont fait du mariage une institution plus égalitaire et plus désirable aux lesbiennes et homosexuels mâles.19

Comme l'affirme Hartog, le reflet de cette possibilité est :

Qu'" il y a une importante continuité généalogique entre ceux qui sont opposés à la libéralisation du divorce ( c'est-à-dire, ceux qui ont œuvré pour que les règles de la sortie demeurent rigoureuses), ceux qui sont opposés à la diversité de la règle des changements qui permettent aux femmes de revendiquer la relative égalité avec leurs maris, ceux qui ont insisté sur la poursuite de l'obligation des femmes de trouver leurs identités dans des mariages contrôlés par le mari , ceux qui décrient l'entée des femmes dans la main d'œuvre, ceux qui voudraient confiner l'expression sexuelle dans le mariage, et ceux qui conduisent l'attaque contre le mariage homosexuel. "20

Pour certains couples homosexuels, la croyance religieuse joue une part importante dans leur quête pour faire reconnaître leurs relations comme des mariages. Dans les communautés religieuses, les lesbiennes et les homosexuels mâles ont contesté la signification du mariage il y a plus d'une décennie. Un certains nombre de communautés religieuses reconnaissent maintenant les unions homosexuelles, y compris Reform and Reconstructionist branches of Judaism, Unitaraian Universalists, Disciples of Christ, United Church of Christ, et the Metropolitan Community Churches. L'Episcopal Church n'a pas formellement approuvé les unions homosexuelles mais autorisé individuellement les diocèses à les célébrer, et l'Eglise presbytérienne permet des célébrations de la sainte union tant qu'elles ne sont pas appelées mariage.

La conviction religieuse motive clairement les couples homosexuels qui se marient, ou cherchent à se marier dans les communautés religieuses. Le désir d'engager les croyances religieuses dans leurs termes personnels soulève les questions de savoir comment les activistes des droits humains qui sont des laïcs stricts rattachent les significations du mariage à la religion. Les activistes féministes et LGBT devraient dépasser la condamnation généralisée du rôle de la religion dans la vie publique pour réfléchir sur la religion différemment.21

Ressources

Concernant les informations relatives aux efforts pour soutenir le mandat séculariste de la Constitution des Etats-Unis, consulter les sites Web de : Americans United for Separation of Church and State : www.aug.org; People For The American Way, www.pfaw.org, y compris leur projet RightWing Watch ; et the American Liberties Union, http://www.aclu.org/ReligiousLiberty/ReligiousLibertyMain.cfm. Toutes ces trois organisations sont actives en politique et en litige et leurs sites Web fournissent des nouvelles mises à jour sur les développements politiques et juridiques et des résumés de fond sur des thèmes spécifiques concernant la religion dans la vie publique.

Concernant une critique de la promotion du mariage comme substitut des programmes efficaces de sécurité sociale, consulter, '' No Promotion of Mariage in Welfare Law,'' Anna Marie Smith, Martha Finman and Gwendolyn Mink, à http://falcon.arts.cornell.edu/ams3/npmposition.html.

Pour des informations récentes sur les femmes aux Etats-Unis vivant dans la pauvreté et les politiques de sécurité sociale de l'Administration Bush voir the National Organization for Women's Legal Defense and Education Fund, à http://www.now.org/issues/economic/welfare/index.html.

Pour des informations relatives à l'organisation sur une base communautaire de l'opposition aux politiques de sécurité sociale de l'Administration Bush, avec un accent sur les droits économiques et sociaux comme droits humains internationaux, consulter le site Web The Kensington Welfare Rights Union, une organisation multiraciale de et pour les pauvres et les sans logis créée par un groupe de femmes en 1991, à http://www.kwwru.org/ehrc.html.

Pour des informations sur les programmes abstinence-uniquement, consulter''Abstinence-Only Education : Why First Amendment Supporters Should Oppose it'' réédité avec la permission de Sex & Censorship Committee, National Coalition Against Censorship, à http://www.plannedparenthood.org/library/facts/AbstinenceOnly10-01.html.

Pour une présentation générale du rapport de l'Administration Bush sur les droits humains des femmes, y compris ses efforts pour nommer ses alliés idéologiques dans la magistrature, voir George W. Bush's War on Women : A Pernicious Web, a Planned Parenthood report, à http://www.plannedparenthood.org/facts/030114_waronwomen.html.

Pour des informations sur les décisions législatives et judiciaires des États-Unis sur le mariage homosexuel, les unions civiles et les droits y relatifs, et sur les autres domaines de la loi intéressant la communauté LGBT, voir http://www.lamdalegal.org/cgi-bin/iowa. Pour des informations sur la loi de l'état relative aux mariages homosexuels, voir également : 50-state Rundown On Gay Marrige Laws, http:/www.marriageequalityny.org/index.php ; " Equality in the States : Gay, Lesbian, Bisexual and Transgender Americans and State Laws and Legislation in 2004 " http://www.hcr.org/Content/ContentGroups/Publications1/leg_report032004.pdf

Pour des informations sur la campagne relative au mariage homosexuel, voir les sites Web de Freedom to Marry, http://www.freedomtomarry.org; Lambda Legal.Defense and Education Fund, http://www.lambdalegal.org/cgi-bin/iowa, the Human Rights Campaign, http://www.hcr.org; and the American Civil Liberties Union, http://.aclu.org.

Pour des informations sur les efforts à l'intérieur des communautés religieuses pour assurer la reconnaissance des relations homosexuelles et d'autres questions intéressant la communauté LGBT, y compris l'ordination du clergé, voir les sites Web de Interfaith Working Group, un forum des organisations religieuses, des congrégations et du clergé qui soutiennent les droits égaux des minorités sexuelles, la liberté génésique et la séparation de l'église et de l'état, à http://www.iwwonline.org; and the National ReligiousLeadership Roundtable of the National Gay and Lesbian Task Force, an interfaith network of leaders from pro-gay, lesbian, bisexual and transgender religious organizations, à http://www.ngltf.org. The Interfaith Working Group Website comporte un index extensif des organisations et documents des traditions religieuses spécifiques, de même qu'un index thématique, avec des liens.

Sources

1 Les textes du discours de Bush sur l'état de l'Union et autres remarques cités dans cette présentation sont disponibles à http://www.Whitehouse.gov.

2 Témoignage de Nancy F.Cott, Jonathan Professeur d'histoire américaine, Harvard University Soutien à H.3677 (Civil Marriage); H.1149, S935, and S.1045 (Civil Unions) October23, 2003, http://www.GLAD_Cases/Nancy_Cott_testimony.PDF.

3 Holy Matrimony ! In The Nation, 26 février, 2004. http://www.thenation.com/doc.mhtml?i=2004315&s=duggan.

4 Exemple de politique centriste - conservatrice pour promouvoir le mariage comme un bien social voir Sacred Vows, Buts publics: Religion, le Mouvement du Mariage et la Politique du Mariage (2003), the Pew Charitable, à http://pewforum.org/pubications/reports/marriagepolicy.pdf.

5 Bowers c. Hardwick

6 Catholic Charities of Sacramento Inc. c. Superior Court of Sacramento County, Case S099822

7 Baker c. Vermont.

8 Baehr c. Lewin

9 Les sondages suggèrent que le public américain est divisé sur l'acceptabilité des mariages homosexuels, avec environ 55% s'y opposant et environ la moitié caractérisant les relations homosexuelles comme étant " contre la volonté de Dieu ". Même les mêmes sondages d'opinion révèlent qu'il y a une croissante tolérance pour les lesbiennes et les hommes gays.

10 http://www.nytimes.com/2004/02/05/national/05GAYS.html

11 Goodridge c. Department of Public Health.

12 Loving c. Virginia.

13 http://www.nytimes.com/2004/02/24/politics/24TEXT-BUSH.html.

14 Testimony of Nancy F. Cott, Jonathan Trumbull Professor of American History, Harvard University In Support of H.3677 (Civil Marriage); H.1149, S.935, and S.1045 (Civil Unions) October 23, 2003, http://www.glad.org/GLAD_Cases/Nancy_Cott_testimony.PDF.

15 James Brundage, Law, Sex and Christian Society in Medieval Europe, p. 587 (1987).

16 http://www.freedomtomarry.org.

17 http://www.signonsandiego.com/uniontrib/20040314/news_mz1e14perry.html.

18 http://www.nytimes.com/2004/03/11/national/11CND-GAYS.html.

19 Professeur Hendrik Hartog, Réunion annuelle de l'Organisation des historiens américains, 28 mars, 2004, http://hnn.us/articles/4400.html.

20 Ibid.

21 Voir Ann Pellegrini perspective à http://www.whrnet.org/docs/perspective-pellegrini-0404.html

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