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Les femmes et la ZLÉA
Octobre 2003

Par Ana Elena Obando, WHRnet

Vue Générale
Mécanismes des Droits Humains
Faits et Chiffres
Ressources Additionelles


Vue Générale

L'ouverture des marchés aux sociétés transnationales a été promue dans les années 80 et 90 par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) par le biais des programmes d'ajustement structurel comme condition de financement de la dette extérieure. De nos jours, le modèle capitaliste néolibéral et néocolonialiste est imposé par le militarisme et par de nouveaux régimes commerciaux par le biais de l'Organisation mondiale du commerce (OMC),entre autres, la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), et l'Accord de libre-échange (ALE). Ces programmes visent à imposer un régime mondial de globalisation, libéralisation, et la dérégulation des droits humains fondamentaux.

Ce modèle viole les droits humains car il exacerbe les inégalités sociales et inégalités entre les sexes. Du point de vue social et économique, les services déjà privatisés et administrés par les sociétés transnationales par exemple, sont moins efficaces et moins accessibles aux familles, que ceux gérés par l'État.

L'OMC règne sur les négociations commerciales internationales à travers des "accords" et des déclarations qui réglementent de la propriété intellectuelle à l'agriculture. Ceci promouvoit une mondialisation économique qui répond aux intérêts des sociétés transnationales basées aux Etats-Unis, dans l'Union Européenne, au Japon et au Canada qui eux ont en revanche de l'influence au sein de l'OMC. Lorsque les pays du tiers-monde s'opposent à ses priorités, l'élite capitaliste fait pressure et les menace de boycotter leurs investissements, d'imposer des sanctions économiques, des sanctions juridiques pour avoir violer les règles de l'OMC, ou d'annuler l'aide de la Banque mondiale ou du FMI.

La ZLÉA est basée sur l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), dont les conséquences sinistres sont bien connues des populations mexicaines. Depuis 1994, quand Mexico a signé la ZLÉA, le coût de son panier à provision a augmenté de 560% et six millions de paysans ont dû être relogés. La ZLÉA qui a pour objectif de couvrir un plus grand espace géopolitique, est une stratégie du gouvernement américain qui désire équilibrer la détérioration du volume de ses échanges commerciaux perçue suite à sa perte de compétitivité avec l'Union européenne et le Japon. Si ce projet se matérialise, le pouvoir de prise de décision de nos gouvernements sur des mesures économiques, politiques et culturelles va être entièrement transférée aux sociétés américaines et aux investisseurs privés. L'Amérique latine et les Caraïbes (à l'exception du Cuba) deviendront exportatrices de produits primaires et semi-manufacturé, à labeur intensive et forts en produits naturels non-renouvelables.

La ZLÉA et l'OMC contiennent tous deux des conditions concernant l'agriculture, l'achat gouvernemental, les investissements, l'accès aux marchés, les subventions, les droits de propriété intellectuelle, la politique de concurrence, et la résolution des conflits qui ont tous tendance à perpétuer les inégalités entre les nations et de même entre diverses classes, groupes ethniques, genres, ages etc. au sein de chaque nations. Le manque d'unanimité à la cinquième Conférence ministérielle de l'OMC tenue récemment à Cancun, au Mexique est une forte indication à la société civile de redoubler d'efforts puisque le gouvernement américain va désormais faire plus de pression par le biais des accords bilatéraux régionaux.

La dérégulation des secteurs tels que l'éducation, la santé, l'accès aux services sanitaires (l'eau) et l'énergie va engendrer leur privatisation et va par conséquence affecter les populations les plus démunies, c.-à-d. les femmes. Si afin d'éviter les monopoles officielles, les États sont forcés d'acheter auprès des sociétés qui possèdent plus d'expérience et de volume de transactions, toute entreprise qui fournit de l'eau, l'énergie électrique, les télécommunications, l'assurance etc., peut faire appel à ce principe pour forcer les États à accepter la privatisation de tous ces services.

La ZLÉA est un modèle économique et géopolitique qui nous alerte du lien entre les femmes, les droits humains et l'État. Le fait qu'un nombre de plus en plus important de femmes est impliqué dans le secteur public qu'est le travail rémunéré sous le règne de la mondialisation, ne veut pas dire que leur travail productif et reproductif ne va pas continuer d'être exproprié par d'autres moyens. Les réformes structurelles et les politiques associées à l'intensification du commerce et à la libéralisation financière nous sont présentées comme mécanismes qui offrent aux femmes un grand accès aux revenues et aux emplois. Toutefois, les recherches démontrent que ces politiques et réformes ont générées une série de conséquences négatives sur les droits des femmes et leur bien-être social. Les femmes gagnent des salaires plus bas que les hommes et sont repoussées dans les secteurs industriels et professionnels de l'économie informelle pour la plupart où elles ne bénéficient d'aucune protection des travailleur-e-s.

De même, alors que les États-providence disparaissent suite à la réduction des dépenses publiques dans le domaine de l'éducation, la santé, l'assainissement, la puériculture, les services aux personnes âgées etc., ces services ainsi que d'autres, sont privatisés de deux façons. Ils sont d'une part, désormais sous le contrôle des grosses sociétés qui rendent ces services plus chers et donc accessibles uniquement à certaines élites. D'autre part, et comme conséquence directe de ce qui précède, la responsabilité de ces services est transféré dans le domaine du privé des femmes appartenant aux secteurs économiques à moyens et faibles salaires. Magdalena León, une experte dans le domaine, confirme que "l'ajustement néo-libéral, les privatisations et autres libéralisations sont en train d'éliminer aussi bien les petites et moyennes unités de production urbaines et rurales dans lesquelles beaucoup de femmes sont impliquées. " Et elle se pose justement la question de savoir : "quel type d'égalité peut-il exister dans le cadre d'une économie injuste et appauvrie ? Quelle citoyenneté peut-être exercée dans des pays dépouillés de leur souveraineté et sans leurs propres projets de développement? Quels droits peuvent être appliqués dans le contexte du pouvoir qu'exerce le marché néolibéral alors que les autres institutions ont moins de capacités que les compagnies et les sociétés et sont subjugués à leurs désires?"

Mécanismes des Droits Humains

Un nombre important de normes internationales en matière de droits humains aussi bien que de déclarations internationales de la société civile font référence à l'obligation de l'État de protéger les droits des femmes telles que :

  • La Convention sur l'Elimination de toutes formes de Discrimination à l''Egard des femmes (CEDAW)

Faits et Chiffres

  • Un cinquième de la population la plus riche a accès à 80% des ressources alors que le cinquième des plus pauvres possède 0.5% des ressources seulement.
  • Sur 100 des plus grosses économies dans le monde, 53 sont des sociétés transnationales.
  • Les 200 compagnies les plus importantes sur la planète gèrent un capital qui équivaut à un quart de l'activité économique mondiale et n'emploie que 0.75% de la main d'œuvre mondiale.
  • 70% des 1.2 milliard des pauvres dans le monde sont des femmes.
  • Les femmes des pays pauvres produisent entre 60% et 80% de nourriture et la moitié de la production alimentaire mondiale.
  • Le prix du maïs a chute de 70% sur le marché mexicain depuis 1994. Cette année a marqué la mise en rigueur de l'ALEA, l'Accord de libre-échange nord-américain entre le Mexique et les États-Unis. Les É.-U. subventionne la production de céréales et peuvent ainsi les exporter à un prix inférieur au coût de production.
  • La ZLEA, l'Accord de libre-échange "de l'Alaska à Patagonie" lancé en 1994 par les gouvernements de 34 pays, est la zone de libre-échange la plus étendue (soit une population de 765 millions - 14% de la population mondiale- et une superficie géographique de 39.797.000 km2 - 29.8% de la planète), dont le produit brut représente 36% du produit intérieur brut (PIB) de tous les pays au monde et dont le commerce contrôlerait 22% du commerce mondial.


Sources:

  • ACJR, 2001, Globalización, ALCA y Democracia. De las Cumbres de Santiago de Chile a las Cumbres de Québec, Canadá.
  • "El proyecto del ALCA y los derechos de los inversionistas "un TLCAN plus". Análisis de un borrador del capítulo de inversiones del ALCA, 2001, Alianza Social Continental
  • Barlow, Maude, "El Área de Libre Comercio de las Américas y la amenaza para los programas sociales, la sostenibilidad del medio ambiente y la justicia social en las Américas", en Norma Sanchís, ed., El ALCA en debate. Una perspectiva desde las mujeres: 77-104, Biblios, Buenos Aires, 2001.
  • Barlow, Maude y Tony Clarke, 2003, Atando Cabos: Guía Popular sobre la Organización Mundial del Comercio y el Área de Libre Comercio de las Américas, The Council of Canadians, Ottawa, Ontario, Canada.
  • Çagatay, N., Género, Pobreza y Comercio, Universidad de Utah, Departamento de Economía, Salt Lake City, Utah, 2001.
  • Faría, Nalú, El mundo no es una mercancía, las mujeres tampoco, Mujeres contra el ALCA: razones y alternativas
  • León, Irene, ALCA: ¿De qué derechos estamos hablando? en Mujeres contra el ALCA: razones y alternativas.
  • Alma Espino, ¿A quién le conviene el ALCA?, en Mujeres contra el ALCA: razones y alternativas
  • Rodríguez Francisca, La agricultura debe estar fuera del ALCA, en Mujeres contra el ALCA: razones y alternativas
  • Yabut-Bernardino, Natividad, "Globalization and Women in the Third World", Resource Center for People´s Development, Philippines

RESSOURCES ADDITIONELLES


Entrevues

Les droits des femmes et le libre-échange, entrevue avec Natividad Yabut-Bernardino. Natividad Yabut-Bernardino est coordinatrice des programmes de l'International South Group Network (ISGN) Femme et Mondialisation et travaille au siège social d' ISGN International basé à Manila. ISGN est un réseau tri-continental d'ONGs dont les centres en Asie, Amérique Latine et en Afrique font de la recherche, du plaidoyer et du réseautage sur des enjeux liés au développement et basés sur les relations Nord-Sud. Mme Bernardino est également recherchiste supérieure au Resource Center for People's Development-Philippines. (Octobre 2003)

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