Par Ana Elena Obando, WHRnet
Vue d'ensemble
Les mécanismes des droits de la personne
Faits et Chiffres
Sources
La hausse mondiale de la dégradation des écosystèmes, la consommation excessive de l'eau, la contamination et la salinisation des aquifères et des barrages, ainsi que l'impact de l'extrême pauvreté qui s'est aggravée suite à la privatisation, sont tous des facteurs contributifs à la catastrophe environnementale. Ceci a eu des effets profonds sur la disponibilité de l'eau potable et par conséquent, a conduit à la violation des droits à la vie, la sécurité, l'alimentation, la santé et l'éducation de milliards d'êtres humains.
L'eau est un droit humain fondamental et indéniable. C'est un bien commun que toutes les personnes et institutions doivent protéger. Cette ressource, comme l'air, est un héritage de l'humanité et doit être déclarée comme tel. L'eau n'est pas une marchandise et personne ni aucune institution ne doit pouvoir s'enrichir par sa vente. Elle ne doit pas privatisée, vendue, exportée ou transférée à quelques sociétés multinationales qui aujourd'hui contrôlent déjà 90 pourcent des services privatisés des systèmes publics. Pour le GATT, l'ALENA et la ZLEA, l'eau est une marchandise, un investissement, un simple service à but commercial et à profit.
Les femmes sont le plus affectées par cette crise. Plus de la moitié des 1.2 milliards des personnes qui n'ont pas accès à l'eau sont des femmes et des filles. La 4ème Conférence mondiale des femmes des Nations Unies en 1995 contient un chapitre dans son plan d'action sur les femmes et l'environnement dans lequel l'eau est incorporée, bien que l'on n'ait pas analysé comment une pénurie d'eau ou sa contamination affecte les femmes disproportionnellement.
Toutefois, des enquêtes faites plus tard, telle que celle sponsorisée par l' UNIFEM a confirmé que " …dans la plupart des pays en développement, les femmes sont responsables de la gestion de l'eau aux niveaux des ménages et de la communauté. Il est estimé que les femmes et les filles sont des voyages quotidiens de 8 heures sur 10 à 15 Km pour puiser à chaque voyage entre 20 à 25 litres. " Les hommes, surtout dans les régions rurales ne jouent aucun rôle dans la collecte ou le transport de l'eau. Leur relation avec l'eau a plus à voir avec le travail agricole et l'emmagasinement de l'eau. Si l'on part d'une perspective fondée sur les droits, cette inégalité entre les sexes a des répercutions sur la vie quotidienne des femmes car transporter de l'eau cause non seulement des troubles physiques mais il est aussi difficile pour les femmes de s'impliquer dans d'autres activités telle que l'éducation, la génération de revenues, la politique, le loisir et le divertissement.
Selon un rapport de WEDO, " ...les femmes utilisent la végétation et les forêts comme réservoirs de plantes médicinales, de nourriture et de combustibles et pour générer également des revenues, mais ces écosystèmes dépendent d'un bon approvisionnement d'eau. Plus l'environnement se détériore, plus la subsistance des femmes est menacée. " Par exemple, " la disponibilité et l'accessibilité des toilettes ont un grand impact sur les femmes, cependant dans plusieurs communautés, les femmes doivent parcourir de longues distances pour les utiliser ce qui souvent comporte des risques pour leur sécurité personnelle. Il y a une hausse des cas d'agressions sexuelles et physiques lorsque les toilettes se trouvent dans des endroits reculés. Dans les régions rurales où les toilettes ne sont pas disponibles, la déforestation et la perte de végétation forcent les femmes et les filles à se lever plus tôt et à plus s'éloigner loin des regards curieux. Les toilettes ne sont également pas disponibles pour un grand nombres de femmes qui travaillent dans les centres urbains. Environ 1 sur 10 filles africaines d'âge scolaire ne se rendent pas l'école pendant leurs menstruations à cause du manque d'installations sanitaires dans les écoles. "
En plus des inégalités existantes et des violations de presque tous les droits de la personnes qui en résultent, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont imposé à plusieurs pays, la privatisation des services d'eau comme condition pour le déboursement de leurs prêts. Ceci a de sérieuses conséquences sur la population entière mais plus particulièrement pour les femmes. Aujourd'hui, à travers le monde, nombreux sont ceux qui revendiquent que l'eau en tant que droit fondamental, soit exclu des négociations de l'OMC, l'ALENA et la ZLEA. Car lorsque l'eau est déclaré légalement comme une marchandise, un investissement ou a service sous les régimes des accords internationaux, régionaux ou bilatéraux, cela viole l'accord sur les droits économiques, sociaux et culturels ainsi que d'autres lois internationales. En outre, la population entière du monde est lentement soumise à un génocide environnemental suite à ce manque de ressource.
La chercheure colombienne Mariela Adela Rivera-Santander souligne les conséquences de la privatisation de l'eau "…À Cochabamba, en Bolivie, la privatisation de l'eau a causé une hausse systématique du taux de 200 pourcent, alors qu'à Conakry, en Guinée, le taux d'augmentation a atteint 500 pourcent en cinq ans seulement ce qui a engendré un impact sérieux sur la vie des femmes, des filles et des garçons déplacés. Elle explique comment : "… en Colombie et aux Philippines, lorsque les services d'eau sont suspendus à cause des frais non payés, les femmes se remettent à utiliser de l'eau contaminée courrant ainsi le risque de contracter de sérieuses maladies. Elles passent également de longues heures à transporter de l'eau en plus de ne pas être en mesure de couvrir leurs dépenses pour la nourriture, la santé et l'éducation puisqu'elles utilisent cet argent pour payer les services ..."
Tout le monde doit être en mesure de partager les ressources mondiales en eau : les secteurs économiques, les zones de responsabilité interétatiques et les nations souveraines, tout en respectant le besoin de maintenir un environnement durable. Les femmes ont souvent la responsabilité d'utiliser et de gérer l'eau dans les pires des conditions ayant parfois à choisir entre manger ou être en mesure d'avoir de l'eau pour les différentes besognes quotidiennes. Le temps passé à la collecte de l'eau, empêche les femmes à participer à des processus de prise de décision, de plaidoyer contre la pauvreté et pour l'amélioration de la qualité de leurs vies. L'égalité d'accès à l'eau, les mécanismes de contrôle des écosystèmes aquatiques pour assurer la protection de cette ressource et pour empêcher des désastres naturels, sont plus qu'une nécessité. C'est un droit humain urgent qui ne peut être ajourné.
Il est impératif de réévaluer les rôles économique, sociaux et environnementaux de l'eau et de reconnaître et valoriser le rôle des femmes en tant qu'usagers et gestionnaires des ressources en eau. Nous avons besoin de prendre en considération la durabilité des ressources environnementales dans la planification, l'élaboration, la mise en œuvre et la gestion des principaux projets hydriques afin d'évaluer l'impact social du développement des ressources en eau, pour établir la qualité et la protection des eaux souterraines et des nappes d'eau et pour faire le lien entre les politiques relatives aux eaux et celles relatives aux écosystèmes tout en usant une perspective de genre.
Les mécanismes des droits de la personne
- La Déclaration universelle des droits de l'homme exclue l'eau comme droit explicite. Son inclusion explicite n'a pas été jugé nécessaire compte tenu du fait que de par sa nature, cette ressource est indispensable à toute survie de base
- Toutefois, l'observation générale #15 des articles 11 et 12 sur les droits à l'eau, qui fut adopté en novembre 2002 par le Comité sur les droits économiques, sociaux et culturels a reconnu de manière explicite que l'eau est un droit humain fondamental.
- Dans la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (1979) a démontré que la santé des femmes rurales dépend d'un accès adéquat et non discriminatoire à l'eau. D'autres droits qui en général ne sont pas associés au droit à l'eau, mais qui affectent directement les femmes et les filles, sont l'égalité des droits à l'éducation et à la participation politique.
- En 1995, Durant la quatrième Conférence mondiale des femmes (à Beijing, en Chine), les gouvernements se sont engagés dans la Déclaration de Beijing " de promouvoir le savoir lié aux droits des femmes et de favoriser l'étude du rôle des femmes, particulièrement en zones rurales et autochtones, dans l'abreuvement, la gestion et l'aménagement des terres, portant l'accent principalement sur le savoir et l'expérience des femmes autochtones ".
- Ce droit est également mentionné dans la Convention relative aux droits de l'enfant (1989), article 24. Les Textes du Sommet de la Terre, élaborés durant la rencontre à Rio De Janeiro en juin 1992.
- Les objectifs de développement de l'ONU pour le Millénaire
- Dans la Déclaration ministérielle du second Forum mondial sur l'eau, en 2000, il a été démontré que la meilleure méthode pour protéger l'écosystème de la planète, est de prendre en considération la participation des femmes dans le processus de planification, assurant ainsi leur participation aux discussions liées à l'eau et au droit de propriété sur la terre.
- La Conférence internationale sur l'eau (Bonn, Allemagne) a démontré que les politiques relatives aux eaux et les systèmes de gestion des eaux doivent être sensibles aux enjeux liés au genre. Tous les enjeux liés à l'eau doivent tenir compte de la division du travail, rémunéré ou non, entre les hommes et les femmes. Les hommes et les femmes doivent participer à la gestion de l'exploitation durable des ressources d'eau et à la distribution équitable des avantages. Le rôle des femmes dans tous les domaines relatifs à l'eau doivent être renforcer et leur participation élargie. "
- Le Sommet mondial pour le développement durable (August 2002).
- La Déclaration ministérielle du Forum du Tiers monde sur l'eau (March 2003)
- La Déclaration de San Salvador sur la défense du droit à l'eau
- Les normes de responsabilités des sociétés transnationales et autres entreprises commerciales relatifs aux droits de la personne.
- 2.4. milliards de personnes au monde, en d'autres termes, les 2/5 de la population mondiale n'ont pas accès à des services de santé
- 1.1. milliards de personnes au monde, soit 1/6 de la population mondiale n'a pas accès à l'eau potable.
- 2.2. millions de personnes dans les pays en développement, dont la plupart sont des enfants, meurent chaque année de maladies liées au manque d'accès à l'eau propre et potable, aux services de santé adéquats et à un manque d'hygiène.
- 6000 garçons et filles meurent chaque jour de maladies liées au manque d'accès à l'eau propre et potable, aux services de santé adéquats et à un manque d'hygiène.
- La distance moyenne parcourue par une femme en Afrique et en Asie pour la collecte d'eau est de 6 km.
- Le poids de l'eau qu'une femme en Asie et en Afrique porte sur sa tête est l'équivalent de la franchise de bagage autorisée par les compagnies aériennes (20 Kg)
- Dans les pays en développement, une personne utilise en moyenne 10 litres d'eau par jour. Au Royaume Uni, une personne utilise en moyenne 135 litres d'eau par jour.
- Chaque fois que vous tirez la chasse d'eau, vous utilisez la même quantité d'eau qu'une personne utilise toute la journée dans le Tiers monde pour laver, cuisiner et boire.
- Au cours des dix dernières années, la diarrhée a tué plus de filles et de garçons que la totalité des personnes qui ont péri depuis la seconde Guerre mondiale.
- En Chine, Indonésie et en Inde, deux fois plus de personnes meurent de la diarrhée que du VIH/SIDA.
- La population à Nairobi, au Kenya paie cinq fois plus pour un litre d'eau qu'un citoyen nord-américain.
- Une initiative guatémaltèque en 1998 pour promouvoir la nécessité de se laver les mains, a réduit de 322,000 les décès causés par la diarrhée.
- 1.5. milliards de personnes dans le monde souffrent d'infections parasitaires causées par les déchets solides qui polluent l'environnement et qui peuvent être contrôlés par une meilleure hygiène, de l'eau et un meilleur système d'assainissement. es infections peuvent causer la malnutrition, l'anémie et un retard dans la croissance.
- En Chine, au Mexique et au Vietnam, les communautés pratiques des mesures de propreté écologiques.
Global Water Partnership, Comprendre la cause des problèmes liés à l'eau (Understanding the Causes of Water Problems )
Marcelina White, Comment la ZLEA affecte-elle les femmes? ("How Will FTAA Affect Women?"), Women's EDGE
UNIFEM, Femmes, Environnement, Eau : Réflexions sur la promotion et la protection des droits des femmes à l'eau ("Women, Environment, Water: Reflections on the Promotion and Protection of Women's Right to Water"), 24 mars 2003
The Water Supply and Sanitation Collaborative Council, LAVER, Faits et Chiffres (WASH Facts and Figures )
WEDO, "Liens inexploités: Différences entre les sexes vis-à-vis de l'usage et la gestion de l'eau" ("Unwritten Connections: Gender Differences Regarding the Use and Management of Water")
Le rapport de développement mondial de l'eau: L'accès à l'eau comme droit humain ("Access to Water as a Human Right")

