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Droits Sexuels et Droits en Matière de Reproduction
Mars 2003

Par Ana Elena Obando, WHRnet


Vue Générale

Les droits du corps sont enracinés dans les principes les plus basiques des droits humains. En termes généraux, les droits du corps dans la sexualité et la reproduction englobent deux principes de base : Le droit à l’attention à la santé sexuelle et la santé en matière de reproduction et le droit à l’autodétermination sexuelle et reproductive.

Le terme « droits en matière de reproduction » apparaît dans le siècle passé pour désigner l’ensemble des droits humains qui se rapportent à la santé en matière de reproduction et plus amplement à tous les droits humains qui ont une incidence sur la reproduction humaine ainsi que ceux qui affectent le binôme population-développement soutenable. Si ces droits ne sont pas explicites en tant que tels dans aucun instrument juridique international des droits humains, ils sont dispersés dans tous. C’est pour cela qu’on peut affirmer que les droits en matière de reproduction sont reconnus internationalement et engendrent des obligations juridiquement.

Les droits sexuels et les droits en matière de reproduction des femmes en vertu du droit international des droits humains sont alors le résultat d’une combinaison d’une série de droits civils, politiques, sociaux, culturels et économiques : le droit à la santé, à la santé sexuelle et à la santé en matière de reproduction, le droit à la planification familiale ; le droit à décider du numéro d’enfants et de la régulation des naissances ; le droit de se marier et de constituer une famille ; le droit à la vie, à la liberté, à l’intégrité et à la sécurité ; le droit de ne pas être discriminé(e) pour des questions sexospécifiques ; le droit de ne pas être agressé(e) ni exploité(e) sexuellement ; le droit de ne pas être soumis(e) à la torture ni à d’autres types de punitions ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants ; le droit de modifier les coutumes discriminatoires contre la femme ; le droit à la privacité ; le droit à l’intimité ; le droit de jouir du progrès scientifique et de donner son approbation pour être objet d’expérimentation.

Plusieurs traités des droits humains et plusieurs documents approuvés par consensus international consacrent ces droits d’application universelle. Le Programme d’Action de la Conférence Mondiale sur la Population et le Développement ( Programme d’Action du Caire) de 1994, a été la première conférence internationale qui a définit le terme « droits en matière de reproduction », mais non celui de « droits sexuels ».

Dans la Conférence Internationale sur la Population et le Développement en 1994, on a en outre définit la santé en matière de reproduction comme « un état de bien-être général, tant physique que mental et social, et non pas seulement l'absence de maladies ou d'infirmités pour tout ce qui concerne l'appareil génital, ses fonctions et son fonctionnement. Par conséquent, la santé en matière de reproduction comporte la capacité de mener une vie sexuelle satisfaisante en toute sécurité et sans risque de procréer et la liberté de le faire aussi souvent ou aussi peu souvent qu’on le désire. Cette dernière condition implique qu'hommes et femmes ont le droit d'être informes et d'utiliser la méthode de planification familiale de leur choix, ainsi que d'autres méthodes de leur choix de régulation des naissances qui ne soient pas contraires a la loi, méthodes qui doivent être sûres, efficaces, abordables et acceptables, ainsi que le droit d'accéder à des services de santé qui permettent aux femmes de mener à bien grossesse et accouchement et donnent aux couples toutes les chances d'avoir un enfant en bonne santé. »

Dans la Conférence de Beijing en 1995 et dans la révision des cinq années de Caire +5 et Beijing +5, les droits sexuels et les droits en matière de reproduction ont été la cible d’attaque des fondamentalistes musulmans et catholiques. Les États conservateurs et leurs ONG alliées ont cherché à fragiliser les négociations, en bloquant principalement les consensus sur les thèmes tels que l’avortement sûr, l’inclusion des droits sexuels et des droits en matìère de reproduction et la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle. Les débats Nord-Sud sur l’aide au développement, l’allégement de la dette et la globalisation ont également compliqué les négociations.

Tous les fondamentalismes prétendent dominer, assujettir violemment les corps, les sexualités, les subjectivités, les vies des femmes et leurs droits au plaisir, à exercer librement leur sexualité, à opter pour un avortement ou à occuper un espace de pouvoir. Les fondamentalismes sont toujours politiques, qu’ils soient réligieux, économiques, scientifiques ou culturels et prospèrent dans des sociétés qui nient à l’humanité sa diversité, légitiment les mécanismes violents d’assujetissement d’un groupe sur l’autre, d’une personne sur l’autre et contribuent à la violation des droits fondamentaux des femmes de manière disproportionnelle et orientée au contrôle de leurs corps et sexualités.

Mécanismes des Droits Humains

Les différents traités internationaux sont la base de la reconnaissance et de la protection des droits du coprs à la sexualité et à la reproduction, étant donné qu’ils contiennent la protection des droits fondamentaux tels que le droit à la vie, à la santé, à l’égalité et à la non discrimination, à l’intégrité personnelle et à être libre de violence, qui constituent le noyau de ces droits : ainsi que les droits directement affectés quand on viole les droits en matière de reproduction, comme le droit au travail et à l’éducation.

Certains des instruments internationaux du système des Nations Unies et du système interaméricain qui sont la base de la protection de ces droits sont : la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (Déclaration Universelle), le Pacte International des Droits Civils et Politiques (Pacte des Droits Civils et Politiques), le Pacte International des Droits Économiques, Sociaux et Culturels (Pacte des Droits Economiques et Sociaux),la Convention sur l’Élimination de Toutes les Formes de Discrimination à l’Égard de la Femme, la Convention sur les Droits de l’Enfant (Convention de l’Enfant) et la Convention Américaine des Droits de l’Homme (Convention Américaine). De manière particulière, la Convention interaméricaine pour la prévention, la sanction et l’élimination de la violence contre la femme (Convention de Belem do Pará), unique instrument international qui traite expréssement du problème de la violence contre la femme, a été essentiel dans la région latinoaméricaine.

La reconnaissance des droits fondamentaux des femmes dans le continent américain a connu des améliorations significatives ces dernières années. Le système Interaméricain des Droits de l’Homme, en tant que système régional de protection, a le potentiel nécessaire pour développer et appliquer les normes internationales quand les systèmes nationaux ne protègent pas les droits de manière efficace, de garantir la réparation des préjudices causés aux victimes quand leurs droits sont violés et d’impulser les changements normatifs dans les différents pays en ce qui concerne les droits en matière de reproduction. La reconnaissance selon laquelle les droits en matière de reproduction sont des droits humains a été exprimée dans les dossiers spéciaux qu’a émis la Commission ces dernières années, chaque fois qu’on y a inclu une section sur la santé en matière de reproduction dans le chapitre des droits de la femme.

Dans la región des Amériques il existe des antécédents importants qui reflètent une préoccupation croissante de garantir le respect des droits de la femme américaine et de surmonter la discrimination et l’incapacité de jouir pleinement des droits et libertés fondamentales qui permettent à la femme de participer activement à la vie et au développement de la société.

La création de la Commission Interaméricaine de la Femme (Comisión Interamericana de la Mujer (CIM)) en 1928 a été le premier effort dans la région de consolider une institution officielle intergouvernementale qui veillera expréssement à la reconnaissance des droits civils et politiques de la femme. Cependant, jusqu’à la décennie des années 90 on a adopté des initiatives concrètes au sein du système interaméricain pour protéger et garantir de manière plus efficace les droits des femmes.

Le Rapporteur pour la Condition de la Femme dans les Amériques au sein de la Commission, a été une initiative qui a surgi en 1994 impulsée par la conscientisation croissante de la variété des formes par lesquelles les lois et pratiques à l’échelle nationale empêchaient à la femme l’exercice plein et libre de ses droits. La finalité de ce Rapporteur est de contrôler le respect de la part des États membres de l’OEA des obligations internationales établies dans les instruments régionaux sur les droits humains en ce qui concerne les droits de la femme.

Le premier dossier de la Rapporteuse pour la Condition de la Femme dans les Amériques a montré que malgré les changements positifs dans le cadre normatif qui ont été menés dans la région, il subsiste encore des problèmes graves qui affectent la condition juridique, sociale, politique et économique de la femme. Dans son rapport, la Rapporteur a émit des recommandations dirigées aux États et a pris des décisions en ce qui concerne la manière dont elle poursuivra ses fonctions dans la promotion et la protection des droits fondamentaux de la femme.

Il est important de mentionner que le Protocole Facultatif à la Convention Américaine en matière des Droits Économiques, Sociaux et Culturels, ou le Protocole de Salvador, réaffirme le désir de reconnaître et d’amplifier la liste des droits et de leur protection. Ce protocole est fondamental pour la protection des droits en matière de reproduction de toute femme quand il reconnait dans son article 10 le droit de toute personne de jouir du niveau le plus élevé possible de santé mentale et physique et stipule que les États Membres reconnaissent la santé comme un « bien public », décrivant en plus un ensemble de mesures pour l’exécution de ce droit de la part des États. De même créé l’obligation de satisfaire les nécessités de santé des groupes de plus haut risque et de ceux-là dont la pauvreté les situe en conditions spéciales de vulnérabilité.

En vertu du Droit International Humanitaire, le Statut de la Cour Pénale Internationale (Statut de Rome), approuvé en 1998, définit et codifie pour la première fois dans le droit international pénal, le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée et d’autres formes de violences sexuelles comme crimes contre l’humanité et comme crimes de guerre. Le Statut de Rome détermine que le viol et autres délits reproductifs et sexuels sont au même niveau que les crimes internationaux les plus atroces, constitutifs dans plusieurs cas de torture et de génocide. En outre, reconnait pour la première fois que les violations de l’autodétermination reproductive des femmes – aussi bien la grossesse forcée que la stérilisation forcée – constituent des crimes très graves conformément au droit international humanitaire.

Faits et Chiffres

  • Les pays étudiés représentent 64.37% de la popualtion parlant l’espagnol d’Amérique Latine et des Caraïbes. En moyenne, 50,56% de sa population est constituée de femmes.

  • Des études réalisées au Chili, en Colombie et au Mexique entre 1993 et 1997 montrent qu’en moyenne, entre 20 et 30 pour cent des femmes ont été victimes de violence physique de la part de leur mari au moins une fois dans leur vie.

  • Selon les Nations Unies, les femmes ont plus de probablité de s’infecter du VIH/SIDA que les hommes à travers des relations sexuelles sans protection. La feminisation de la contagion a été évidente dans la région. Au Pérou par exemple, si en 1990 pour chaque 15 mâles infectés de SIDA il y’avait une femme, en 1998 la proportion s’était réduite, de telle sorte que pour chaque cinq mâles il y’avait dejà une femme infectée.

  • Le taux de mortalité maternelle est le plus élevé au Pérou, avec un taux de 270 pour chaque mille enfants nés vivants. L’Argentine et le Chili ont les taux les plus bas avec 38 et 23 respectivement. Malgré le fait d’être facilement évitables, les morts des suites d’avortement dangeureux et des complications de la grossesse, d’accouchements et des périodes postnatales continuent à être les principales causes des morts maternelles dans ces pays.

  • En Amérique Latine on réalise plus de quatre millions d’avortements provoqués par an. Étant donné que dans la majorité des cas l’avortement est illégal, les procédures se réalisent dans des conditions de clandestinité et par conséquent dangeureuses, engendrant un grave problème de santé publique qui ménace la vie de milliers de femmes et met en danger la santé en matière de reproduction.

  • L’Argentine et le Chili doivent 35% des morts maternelles à la pratique des avortements dangeureux. Malgré tout, la problématique de l’avortement n’a pas encore été considérée comme un thème de santé publique et le débat sur le sujet s’est vu entravé par les objections morales et réligieuses qui dominent dans la région.

  • La différence entre l’incorporation des femmes dans le marché laboral et celle des hommes continue à être assez élevée en Amérique Latine, bien que la brèche se soit peu à peu fermée au cours de la décennie des années 90. Cependant, dans la majorité des pays les femmes gagnent 50% du salaire perçu par un homme dans le même poste. Dans aucun cas la participation des femmes dans la force laborale est supérieure à 38,2% du cas colombien.

  • Dans la majorité des pays le pourcentage de femmes étudiantes de droit est égal ou supérieur à celui des hommes. Cependant, dans la branche judiciaire, en 1995 les femmes représentaient près de 45%, correspondant dans sa majeure partie aux niveaux les plus bas du système. Additionnellement 20% seulement étaient représentées dans les cours d’appels et basiquement elles n’étaient pas représentées au niveau des cours suprêmes.

Source: Julieta Lemaitre, Luisa Cabal et Mónica Roa, Cuerpo y Derecho: legislación y jurisprudencia en América Latina, Editorial Temis, Colombie, 2001.


RESSOURCES ADDITIONELLES


Points de vue

La Femme Derrière le Corps et le Droit (Luisa Cabal), par Ana Elena Obando, WHRnet (Mars 2003)

Entrevues

Entrevue avec Lucy Garrido, co-coordinatrice de Articulación Feminista Marcosur (dont Cotidiano Mujer est le siège) et a été la créatrice publicitaire de la campagne Contre les fondamentalismes le fondamental est la population. (Mars 2003)

Farida Shaheed, de Shirkat Gah au Pakistan et de Femmes Sous Lois Musulmanes (WLUML), un réseau international de solidarité (Janvier 2002)

Mini Research Tool

[In preparation]

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